MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

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Affichage des articles dont le libellé est Atelier de Lyon. Afficher tous les articles
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dimanche 26 juin 2011

Une marque d'officine inversée lors de la dernière emission de Lyon (282 ap. J.-C.)

 




Description :

Lyon, Janvier-Août 282 ap. J.-C., 9ème émission, 2ème officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS
AVG,  (l'Empereur César Probus Pieux et Heureux Auguste). Buste de Probus radié, drapé et cuirassé à droite vu de 3/4 en arrière. ( Buste Bastien : A2)

Revers : SALVS AVG  // B inversé,  (la santé de l'Auguste). Salus debout à gauche, tenant un sceptre long de la main gauche et une patère de la main droite nourrissant un serpent à ses pieds enroulé autour d'un autel.

Poids : 4,15 g - Diamètre: 22 mm - Axe : 12h00 - Référence : RIC/ n°123var - Bastien : 392var.


Commentaires : 

Après son triomphe à Rome, Probus repartira pour Siscia au début de l'année 282 ap. J.-C. afin de préparer ses troupes à combattre les Perses (Sassanides), suivant les idées d'Aurélien qui voulait le faire en son temps. En attendant que l'effectif soit au complet,  il occupe son armée à assainir les marécages de Sirmium, sa ville natale. Mais sous un soleil de plomb, les soldats fatigués par ce travail se rebellent et Probus est assassiné en Octobre 282 ap. J.-C. par ses propre troupes.

Cette monnaie, souhaitant une bonne santé à l'empereur est donc un paradoxe dans le monnayage de l'atelier car elle fut émise seulement quelques mois avant la mort tragique de Probus. Frappée au cours de la neuvième et dernière émission de l'atelier en 282 ap. J.-C., elle signe l'abandon du système de marquage des officines par les chiffres romains à l'exergue (I, II, III, IIII) au profit du système alphabétique romain A, B, C et D, placé dans le champ de la monnaie. Ce buste radié, drapé et cuirassé (Buste Bastien : A2) se rencontre moins souvent dans le monnayage Lyonnais qui utilise plus abondamment le buste simplement cuirassé (Buste Bastien : B).  Cet exemplaire est absent du RIC et du Bastien car la lettre B dans le champ de la monnaie, marquant la deuxième officine est inversée. Ces inversions de lettres pourraient correspondre à des changements de phases d'émissions.

Salus, divinité assimilée à Hygieia issue de la religion d'Esculape, identifiable par son serpent, fut importée d'Epidaure en 293 av J.-C. Cette idée abstraite, personnifiée par le paganisme romain, pour laquelle le temple était installé sur la colline du Quirinal, devient l'objet d'un culte important à cette époque souvent utilisée par les empereurs à des fins personnelles. Elle procure le bien-être de l'état en paix et en guerre mais protège aussi la santé personnelle de l'individu.


 Détail du revers

dimanche 22 mai 2011

La vertu militaire de l'Auguste reprise par PROBUS. (276 ap. J.-C.).




Description :



Lyon, Octobre 276 ap. J.-C., 1ère émission, 4ème officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG. (L'empereur César Marc Aurèle Probus  Auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : VIRTVS AVGVSTI // IIII. (La virilité de l'Auguste). Mars (ou l'empereur?) debout à droite, tenant une lance transversale de la main droite et un bouclier de la main gauche, le pied gauche repoussant un captif assis, regardant à droite, les mains liées dans le dos.

Poids : 3,83 g -  Diamètre : 21 mm - Axe : 2h00 - Références : RIC n°56 - Bastien : n°155 (13 ex).



Commentaires :

Cette première émission de l'atelier de Lyon avec la titulature IMP C M AVR PROBVS AVG  reprend à l'identique les types monétaires des officines de la troisième émission de Florien, tué en Septembre 276 ap. J.-C. Entre le mois de septembre et le mois d'octobre 276, l'atelier continuera donc à frapper des monnaies à l'effigie et à la titulature de l'empereur défunt. En l'absence d'ordre du nouveau gouvernant quittant tout juste la Syrie, le procurator monetae de Lyon décidera de frapper en continuité les même types monétaires de chaque officine que ceux employés pour Florien. Cette émission, correspondant à une phase d'attente, est très courte, ne durant qu'un mois. L'imago impériale n'étant pas encore parvenue jusqu’à Lyon, le portrait utilisé par les graveurs est très ressemblant à celui de Florien. Par la suite, ce buste cuirassé sera employé tout au long du monnayage Lyonnais de Probus pour les séries courantes. Cette première émission prend fin dès les mois de novembre-décembre de la même année, avec l'arrivée des messages politiques du nouvel empereur utilisés dans la deuxième émission.

Ce revers représente le dieu de la guerre, Mars dans une attitude guerrière et conquérante, écrasant l’ennemi captif avec son pied. Cette image peut se confondre avec celle du nouvel empereur militaire, le doute étant entretenu par la légende VIRTVS AVGVSTI. En premier lieu employée dans le monnayage de Florien et maintenant destinée à Probus, cette iconographie s'adapte parfaitement au message futur que Probus fera passer auprès de la population romaine. Combatif, vaillant et victorieux, l'image de Mars sur ce revers semble annoncer le programme militaire des campagnes de sécurisation des frontières qu'il mènera à travers l'empire.
Cette restauration de la tranquilitas s'effectuera progressivement, s'accompagnant de réformes changeant radicalement le profil de l'armée. Le principe du "soldat-citoyen" romain n'est plus l'unique moyen d’intégrer l'armée romaine. En effet, il ne produit plus qu'un nombre insuffisant de combattants pour mener les multiples batailles sur tous les fronts de l'empire en déliquescence. Dès lors, Probus intégrera dans son armée des hommes forts et valeureux, issus des populations barbares vaincues, faisant de ces "butins de guerre" la nouvelle force de son armée. 


Détail du revers

dimanche 8 mai 2011

L'envoi d'un message politique de sécurisation du monde romain. (276 ap. J.-C.)





Description:


Lyon, Novembre- Décembre 276 ap. J.-C., 2ème émission, 2ème phase, 1ère officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG. (L'empereur César Marc Aurèle Probus  Auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : SECVRITAS ORBIS // I. (La sécurité du monde). La sécurité debout à gauche, croisant les jambes, tenant un sceptre long de la main droite et s'appuyant sur une colonne.

Poids : 3,44 g -  Diamètre : 21 mm - Axe : 6h00 - Références : RIC n°49 - Bastien : n°165 (26 ex).


Commentaires :

Cette deuxième émission, plus abondante que la première se divise en deux phases successives. Les monnaies ne présentent qu'une seule titulature de droit (IMP C M AVR PROBVS AVG)  utilisée invariablement au cours des deux premières émissions lyonnaises. Le portrait du nouvel empereur, ressemblant encore fortement à celui de Florien, évolue lentement pour n'être finalement conforme à celui de Probus qu'au cours de la troisième émission, l'imago impériale parvenant aux graveurs lyonnais au début de l'année 277 ap. J.-C. Le buste cuirassé à droite (Buste Bastien : B) utilisé au cours de cette émission montre aussi une évolution de la partie basse de la cuirasse très courte, marquant un changement de l'emploi du type des bustes drapés de Florien (Buste Bastien : A).
La première phase de cette seconde émission correspond à une frappe massive de monnaies sans marque d'officine (Aurei et Auréliani) destinées à un donativum dans la capitale des Gaules en l'absence de l'empereur.
Les monnaies de la deuxième phase témoignent de la créativité de l'atelier, produisant des types de revers innovants. En effet, le revers SECVRITAS ORBIS est frappé par la première officine en même temps que le revers ORIENS AVG reflétant ainsi une grande activité de l'atelier capable de renouveler sa typologie de revers en créant de nouveaux types. Ce revers rompt avec les reprises des types du monnayage de Tacite et Florien lors de la courte première émission.

Ce revers présentant la personnification de la sécurité est un message rassurant envoyé par le nouvel empereur aux citoyens de la Gaule, donnant des indications sur sa politique future. En effet, Probus veut tout mettre en œuvre pour obtenir le retour à une sécurité totale de la population sur le territoire romain et plus particulièrement en Gaule où les Alamans et les Jugunthes pillent et dévastent les récoltes, terrorisant la population, mettant ainsi un frein important au développement de l'économie impériale. Par sa politique militaire soutenue et ambitieuse menée de front aux quatre coins de l'empire, Probus sécurisera les frontières et réussira à réunifier le monde romain pour un temps.


 Détail du revers

lundi 7 février 2011

Un globe nicéphore dans la main droite de PROBUS. (278 ap. J.-C)





Description:


Lyon, fin 277 - début 278 ap. J.-C. 5ème émission, 1ère officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG. (L'empereur César Marc Aurèle Probus  auguste). Buste consulaire radié de Probus à gauche, avec un globe nicéphore dans la main droite. (Buste Bastien : H6).

Revers : TEMPOR FELICI  //  I. (La félicité des temps). Félicitas drapée, debout à droite, tenant un long caducée de la main droite et une corne d'abondance de la main gauche.

Poids : 3,39 g -  Diamètre : 22 mm - Axe : 6h00 - Références : RIC n°103 - Bastien : n°208 (4 exemplaires).

Commentaires :

La cinquième émission de l'atelier de Lyon comporte une grande majorité de bustes dits "exceptionnels" en comparaison avec les autres émissions. Le buste H6 de cette monnaie, relativement peu utilisé pour la cinquième émission, correspond à la prise du deuxième consulat de Probus, le 1er Janvier 278 ap. J.-C. Vêtu du manteau consulaire (la toga palmata étant traitée ici de façon plus fine que les autres représentations consulaires plus classiques) Probus fait face à cette statue de victoriola marchant vers lui sur un globe, brandissant une couronne de laurier, semblant l'honorer pour ses récentes victoires germaniques en Gaule.

C'est au IIIème siècle que l'on voit se multiplier les représentations de bustes avec des globes nicéphores dans les mains des empereurs. La première représentation monétaire impériale tenant cet attribut est un buste de Pupien sur un médaillon de bronze. Ce globe nicéphore est la réplique d'une statuette en or, offerte par le sénat aux nouveaux princes, justifiant ainsi son pouvoir universel, le globe étant une symbolisation de la sphère céleste. Ce buste rare (seulement quatre exemplaires répertoriés par P. Bastien dans les grandes collections) exprime la sérénité de l'empereur, chef militaire efficace aspirant comme les citoyens romains à la félicité des temps qui s'exprime sur le revers de cette monnaie. En anéantissant les agressions barbares que subit l'empire, il honore et personnalise de fait l'espoir du peuple rêvant au retour de la pax romana.
 
 
 Détail du buste

dimanche 30 janvier 2011

L'arrivée de Probus dans la capitale des Gaules (277 ap. J.-C.).





Description:


Lyon, mi 277-fin 277 ap. J.-C. 4ème émission, 4ème officine.

Avers : IMP C PROBVS•P•F• AVG. (L'empereur César Probus pieux et heureux auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : ADVENTVS PROBI AVG / - / - // IIII. (L'arrivée de Probus l'auguste). Probus à cheval à gauche, le manteau flottant, levant la main droite et tenant un sceptre long de la main gauche. Devant le cheval, un captif, mains liées à gauche.

Poids : 3,63 g -  Diamètre : 22 mm - Axe : 2 h 00 - Références : RIC n°-- - Bastien : n°197 (6 exemplaires).


Commentaires :

De retour de Rome, Probus s'arrête au début de l'été dans la capitale des Gaules pour préparer son armée au combat contre les barbares qui ravagent le territoire. L'empereur installe son quartier général à Lyon et divise ses forces en deux contingents pour assurer la victoire : une partie de son armée va repousser les Germains vers la Germanie Supérieure et l'autre section repoussera les Alamans qui avaient franchi les limes du nord et l'Espagne. Un adventus est alors célébré  à cette occasion dans la ville comme en témoigne cette monnaie.

Ce type de revers, inhabituel pour l'atelier, fait son apparition lors de la quatrième émission, frappé par la première et la quatrième officine. Cette même quatrième officine frappe les revers de cette monnaie ADVENTVS PROBI AVG, mais aussi ABVNDANTIA AVG tout en continuant à émettre le revers LAETITIA AVGVSTI. Cette iconographie impériale directement inspirée de celle utilisée par les ateliers balkaniques  atteste que certains types monétaires étaient repris à l'identique d'un atelier à l'autre. En effet, classique pour Serdica, Siscia et Cysique qui utiliseront le type à plusieurs reprises avec des légendes variées, la représentation de Probus à cheval ne sera employée pour cet atelier que lors d'une courte série à l'arrivée de l'empereur en été 277 ap. J.-C., ainsi que pour l'émission suivante lors de son passage  dans la ville au retour de la campagne du Rhin.  De même, notons l'apparition lors de cette même émission des points séparatifs dans la titulature. 


Détail du revers

dimanche 16 janvier 2011

Des lettres déformées dans la gravure des coins de l'atelier de Lyon. (278-279 ap. J.-C.)




Description :

Lyon, 278-279 ap. J.-C, 6ème émission, 3ème officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS
AVG  (L'empereur César Marc Aurèle Probus auguste). Buste de Probus radié, drapé et cuirassé à droite, vu de 3/4 arrière. (Buste Bastien : A2). 

Revers : MARS VICTOR // III (Mars victorieux).  Mars nu casqué avançant à droite portant une lance transversale de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.

Poids : 3,83 g - Diamètre: 21 mm - Axe : 12h00 - Référence : RIC/ n° 83  - Bastien : 284.


Commentaires : 

L'atelier Lyonnais recommence à battre monnaie à partir du règne d'Aurélien en mai 274 ap. J.-C. et son activité continuera jusqu'en 413 ap. J.-C. Il est divisé en quatre officines pour le monnayage de Probus, frappant neuf émissions entre octobre 276 et août 282 ap. J.-C.
Les techniques monétaires romaines se trouvent améliorées au fil du temps grâce aux différentes réformes et à la qualification accrue des ouvriers. Au dernier tiers du IIIème siècle de notre ère la production monétaire était capable de s'adapter aux besoins de l'époque de façon rapide et efficace. Les nombreux conflits de la reconquête territoriale engagée par Probus engendrent un besoin croissant en numéraire destiné à financer la guerre et à honorer la solde de l'armée romaine. Afin d'éviter le transport hasardeux et risqué de ces caisses vers les légions dans les zones de conflits (car les convois de monnaies étaient très souvent attaqués en chemin), Probus ouvrait ou fermait à sa guise les différents ateliers monétaires dévolus à lui fournir la monnaie nécessaire sur les territoires où se déroulaient les opérations militaires. En conséquence, les graveurs furent très mobiles d'une ville émettrice à l'autre, intégrés au cortège impérial avec l'armée lors de ses déplacements.

L'organisation des ateliers dans la production des coins monétaires paraissait sans faille. La frappe des monnaies s'effectuait dans les officines des ateliers par les malléatores et son ampleur dépendait surtout de cette production de coins, véritable matrices des émissions  monétaires, gravés par les scalptores et les signatores, sous la surveillance du procurator monetae. Les étapes de la gravure d'un coin étaient bien définies : le scalptor gravait tout d'abord l'effigie du coin et le signator posait ensuite les titulatures et les légendes. Si bien que les césures  épigraphiques constatées sur les différentes monnaies furent souvent induites par la place laissée par les scalptores autour de l'effigie. Leur capacité à fournir des coins monétaires plus rapidement augmenta la  masse de la production.  Mais le matériel monétaire de cette période laisse entrevoir quelques signes attestant d'une baisse de qualité de gravure des coins surtout pour l'épigraphie. Afin de gagner du temps et faciliter le travail de gravure lors de la réalisation de la titulature et des marques d'officines, les signatores ont parfois utilisés des poinçons. Ce changement technique, conséquence d'une  production  de plus en plus pressante, est la cause pour certains coins de déformations de lettrage ou de combinaisons de poinçons peu ajustées comme pour la lettre M de cette monnaie. Les caractères sont quelquefois de hauteurs différentes sur une même titulature, certains se trouvent plus empâtés, d'autres plus fins. Comme nous l'avons déjà mentionné dans un précèdent article, pour les mêmes raisons, on retrouve aussi des erreurs de légendes passées inaperçues dans la masse monétaire de l'atelier de Lyon.

Détail du revers

Déformations constatées des lettres poinçonnées :

Les signatores avaient sans doute à leur disposition des poinçons en forme de I,  de C et de V qu'ils combinaient pour ne former qu'une seule lettre. C'est ainsi, par exemple, qu'ils recomposaient des N, des M à l'aide du I et du V, méthode bien visible sur les titulatures de certaines monnaies de Lyon. On constate aussi que le G de AVG  des légendes et des titulatures est souvent réduit à un simple C. La qualité épigraphique de l'atelier de Lyon continuera à décroître jusqu'au règne de Dioclétien.


 Le M formé à l'aide des poinçons IVI et le N formé avec les poinçons IV

lundi 27 décembre 2010

PROBUS salue la fidelité militaire de l'armée vaincue de Florien. (277 ap. J.-C.)





Description:


Lyon, mi 277 à  fin 277 ap. J.-C., 4ème émission, 3ème officine.

Avers : IMP C PROBVS•P•F• AVG. (L'empereur César Probus Pieux et Heureux Auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : FIDES MILITVM // III. (La fidélité des soldats). La fidélité de face, tournée à gauche, tenant deux enseignes militaires.

Poids : 3,87 g -  Diamètre : 22 mm - Axe : 7h00 - Références : RIC n° 26 - Bastien : n° 192.


Commentaires :

Au début de l'année 276 ap. J.-C., Probus est proclamé empereur par son armée en Syrie.  Mais le Sénat de Rome a choisi Florien pour succéder à Tacite. Probus affronte son rival en Cilicie où il sera assassiné à Tarse, laissant Probus victorieux et seul maître du territoire. Le message de cette monnaie s'inscrit dans une propagande politique visant à informer les romains de la récente réunification des armées, dotant ainsi l'empereur d'une force capable d'asseoir la stabilité de l'empire et de sécuriser ses frontières. Se retrouvant de fait sans chef, les troupes militaires anciennement engagées aux côtés de Florien, rejoignent les rangs de l'armée de Probus.

La titulature d'avers comporte des points de séparation, particularité apparaissant sur les auréliani de cette quatrième émission, témoignage de la persistance d'une ancienne tradition des ateliers monétaires gaulois de Cologne puis de Trêves, les graveurs ayant été transférés à Lyon à la réouverture de l'atelier en 274 ap. J.-C.

Fides, personnification divine présente sur ce revers, incarne la bonne foi, préside aux conventions publiques et aux transactions privées entre individus. Elle est l'expression de l'équité dans les stipulations verbales. Cette divinité tient une place importante dans le patrimoine primitif religieux romain, faisant remonter l'origine de son culte au roi Numa. Elle est souvent employée dans les œuvres poétiques en compagnie d'autres personnifications comme la Concorde, la Vertu, la Piété, la Pudeur et la Justice. Cette déesse ne compte qu'un seul temple au capitole, voisin du temple de Jupiter dont la construction première est attribuée au roi Numa lui-même. Rebâtit une première fois après les guerres contre Carthage, par Atilius Calatinus, ensuite par Aemilius Scaurus, contemporain de Cicéron, il perdure sous l'empire. On y accrochait des tables d'airain sur lesquelles on gravait des conventions publiques et autres diplômes militaires. La fête dédiée à Fides était célébrée le 1er octobre pendant laquelle les flamines de Jupiter, Mars et Quirinus (triade divine primitive vénérée sous Numa), arrivaient au temple Capitolin dans un bige couvert pour faire des sacrifices.
Mais la Fides des monnaies de Probus n'a plus rien de commun, sauf le nom, avec la déesse que les anciens romains honoraient au Capitole pour son rôle public de fidélité à la parole jurée. Sous l'empire, l'appellation FIDES PVBLICA devient beaucoup plus rare et se rattache plus fréquemment à la personne de l'empereur, surtout lorsqu'il s'agit de l'armée (FIDES MILITVM). Employée ici pour souligner le rattachement des troupes de Florien à l'armée de l'empereur, cette personnification tenant deux enseignes militaires est un symbole fort de l'allégeance et de la nouvelle réunification militaire.


Détail du revers

samedi 18 septembre 2010

Les légendes fautives et éronnées de l'atelier de Lyon émises sous PROBUS.


 
COMITI PORBI AVG (Bastien n°316) et ORIES AVG (Bastien n°164c)

 L'étude des différentes émissions d'auréliani de Probus permet de mettre en lumière certaines monnaies présentant des erreurs de légendes flagrantes commises par les ouvriers gravant l'épigraphie sur les coins monétaires (signatores). A. Missong  relevait déjà en 1877 dans son ouvrage "Stempelfehler und Correcturen..., p303 à 322" quelques trente-deux sortes de légendes fautives uniquement pour le règne de Probus. Pour cet empereur, l'atelier de Lyon est celui qui détient le nombre le plus important de  monnaies à légendes fautives. Ces erreurs, apparaissant à partir du règne de Tacite, sont aussi fréquentes sous celui de Probus mais étonnamment  moins nombreuses sous celui de Carus et ses fils et Dioclétien.  Cette différence tient surement à une plus grande surveillance de la part du Procurator monetae de la qualité du travail de gravure des signatores de l'atelier de Lyon. La correction effective des erreurs est le résultat de sa vigilance sur la gravure des coins qui servaient à la frappe.
Ces légendes fautives comportent soit des fautes d'orthographe ou bien des légendes erronées. Elles sont moins fréquentes pour les titulatures de droit que pour les légendes de revers. En voici le répertoire classées par catégories d'erreurs :

1) Erreur par omission d'une lettre :
Il s'agit la de l'oubli du poinçonnage d'une lettre dans la légende. Pierre Bastien signale une monnaie avec une titulature fautive IMP C M AR PROBVS AVG  présente dans la collection A. Missong au musée de Vienne (n°52.129) pour laquelle le V de AVR a été oublié.
Pour les revers, il existe un aurelianus avec la légende PROVIDENTI AVG  (Bastien n°170) à la place de PROVIDENTIA AVG et un autre avec la légende TEMPR FELICI (Bastien n°270b) pour TEMPOR FELICI ainsi qu'une monnaie légendée ORIES AVG (Bastien n°164c et 164e) pour  ORIENS AVG. Cette dernière erreur fut d'ailleurs commise sur plusieurs coins successifs et les stigmates des tentatives de correction de la gravure sont encore visibles sur plusieurs monnaies frappées avec ces  coins  modifiés :  sur une monnaie on constate un poinçonnage postérieur à la première gravure de coin pour ajouter un N dans l'espace, trop petit,  situé entre le E et le S (Bastien n°164g). Sur un autre coin, on a effacé le E trop près du S pour laisser un espace correct au N (Bastien n°164f), un nouveau E ayant été poinçonné par la suite dans la zone  libre en avant du nouveau N.

2) Erreur par ajout d'une lettre : 
Dans ce cas, il s'agit d'une lettre ajoutée à la légende sans raison ni signification, prouvant bien que les ouvriers de l'atelier lyonnais ne maitrisaient pas tous parfaitement le latin. On note un revers PAX S AVG (Bastien n° 396d) au lieu de PAX AVG, un revers TEMIPOR FELICIT (Bastien n°397a) à la place de TEMPOR FELICIT.

3) Erreur par inversion d'une lettre :
 Il s'agit ici d'une erreur d'inversion de l'ordre des lettres dans un mot. Nous rencontrons la légende COMITI PORBI AVG (RIC n°69, Bastien n°316) au lieu de COMITI PROBI AVG le R de PROBI étant placé après le O. Il semble que cette erreur d'inversion résulte d'une inattention ayant échappée à la vigilance du Procurateur.

4) Erreur par changement d'une lettre :
Le signator grave une lettre différente de celle prévue. On trouve la légende ORIVS AVG ( Bastien n°164d) pour laquelle on note la transformation du E en V et l'omission du N. Mais aussi avec la légende COMITI PRIBI AVG  le O de Probi se transforme en I (cf. photo).  La légende PIATAS AVG  (Missong n°52.411, Bastien n°409) se trouve pour PIETAS AVG (Bastien n°357 à 359) ou PIAETAS AVG. Cette dernière légende est d'ailleurs incorrecte mais on la retrouve fréquemment utilisée lors de la huitième et neuvième émission, fin 281 à Aout 280 ap. J.-C. (Bastien n°354 à 356, 409 à 411, 417 et 418).


COMITI PRIBI AVG

5) Erreur par combinaisons de légendes : 
Les signatores ont utilisé deux légendes du monnayage pour en faire une nouvelle en mélangeant les mots. FIDES VICTOR (Bastien n°289, 290a, 290b) mélange de deux légendes FIDES MILITVM et MARS VICTOR et TEMITI PROBI AVG (Bastien n°397d), mélange de TEMPOR FELICIT et COMITI PROBI AVG. Cette dernière erreur qui se rencontre lors de la neuvieme émission est fautive dès la quatrième lettre, le signator se remémorant la légende COMITI PROBI AVG, légende pourtant abandonnée depuis plus d'un an lors de la septième émission de l'été 281 ap. J.-C.


FIDES VICTOR (Bastien n°289) et TEMPR FELICI (Bastien n°270b)

Ces légendes fautives pourraient être un témoignage supplémentaire en faveur de la migration des graveurs (scalptores et signatores) de l'atelier Gaulois de Cologne fermé en 272 ap. J.-C., dont le personnel fut transféré à Trèves provisoirement et employé finalement à l'atelier de Lyon (réouvert par Aurélien en mai 274 ap. J-C.) En effet, on note beaucoup de légendes fautives pour les monnaies des empereurs gaulois (Victorin, Tétricus I et II) issues de ces ateliers. Ces erreurs de légendes des signatores pour Tacite et Probus, semblant se corriger à partir du règne de Carus et ses fils, sont en continuité avec le précédent monnayage des ateliers gaulois, plaidant de fait en faveur de la théorie du réemploi des graveurs dans l'atelier de Lyon.


mercredi 8 septembre 2010

La santé de PROBUS à Lyon, quelques mois avant son assassinat. (282 ap. J.-C)





Description :

Lyon, Janvier-Août 282 ap. J.-C., 9ème émission, 2ème officine.

Avers : IMP C PROBVS•P•F
• AVG,  (l'Empereur César Probus Pieux et Heureux Auguste). Buste de Probus radié et cuirassé à droite. ( Buste Bastien :B)

Revers : SALVS AVG  /- / B // --,  ( la santé de l'Auguste). Salus debout à gauche, tenant un sceptre long de la main gauche et une patère de la main droite nourrissant un serpent à ses pieds enroulé autour d'un autel.

Poids : 4,18 g - Diamètre: 22 mm - Axe : 7h00 - Référence : RIC/ n°124  - Bastien : 394.


Commentaires : 

Probus arrive à Rome en été 281 ap. J.-C afin de fêter son triomphe dans la capitale après ses victoires sur les peuples barbares qui rongeaient l'empire de toutes parts. La fête sera grandiose et le peuple reconnaissant le qualifiera d'invictus suite à ces nombreuses guerres dont il sortit indemne et victorieux. Ce triomphe sera l'avant dernier célébré dans les murs de Rome, celui de Dioclétien le sera vingt ans après. Le général séjournera quelques mois de plus dans l'Urbs afin de régler quelques histoires administratives suite à ces changements politiques. Puis il repartira pour Siscia au début de l'année 282 ap. J.-C. afin d'y concentrer ses troupes et vaincre les Parthes (Sassanides), comme Aurélien le voulait en son temps. Ennemi de l'oisiveté militaire en temps de paix, il occupe donc son armée, en attendant le reste de l'effectif militaire, à assainir les marécages de Sirmium, sa ville natale. Mais sous un soleil de plomb, les esprits s'échauffent et lors d'une forte rébellion, les soldats assassinent Probus en Octobre 282 ap. J.-C.

L'atelier de Lyon, capitale des Gaules, connaît deux grandes périodes d'activité : la première durant le Haut-Empire, s'étale entre le règne d'Auguste et  de Clodius Albinus et la deuxième période commence avec Aurélien qui rouvre l'atelier en 274 ap. J.-C. et restera ouvert jusqu'en 413 ap. J.-C.
Cet atelier, travaillant dans quatre officines, compte neuf émissions frappées entre le mois d'Octobre 276 et  le mois d'Août 282 ap. J.-C. Cette monnaie de l'année 282 ap. J.-C., issue de la neuvième émission, signe l'abandon du système de marquage des officines par les chiffres romains à l'exergue (I, II, III, IIII). Seule cette dernière émission (neuvième)  adopte un système alphabétique romain A, B, C et D, placé dans le champ de la monnaie. Ce marquage continuera sur les émissions de Carus, Carin et Numérien.

Cette monnaie, souhaitant une bonne santé à l'empereur, crée un paradoxe car elle fut émise seulement quelques mois avant la mort tragique de Probus.
Salus appartient au groupe des idées abstraites qui sont devenues des objets de vénération romaine parce qu'elles sont personnifiées. Au sens ancien du mot, Salus n'a pas de rapport direct avec la santé des individus, mais une signification plus politique et sociale, procurant le bien-être de l'état en paix et en guerre. De fait, Salus n'est  qu'un aspect de Fortuna limitée aux circonstances critiques de la vie. Son temple était installé sur la colline du Quirinal. Mais elle fut assimilée par la suite à Hygieia, divinité issue de la religion d'Esculape, importée d'Epidaure en 293 av  J.-C.  Dès lors, la notion de bien-être public (Salus publica) fut mise en retrait au profit de la santé personnelle de l'individu. Les empereurs romains se serviront indifféremment des deux aspects de la divinité pour illustrer la santé publique ou leur santé personnelle sur les monnaies, représentant le plus souvent Salus sous les traits d'Hygieia identifiable avec l'attribut du serpent.


Détail de Salus au revers

lundi 9 août 2010

Mars pacificateur sur un Aurélianus de Lyon. (276 ap. J.-C.)





Description:


Lyon, Novembre- Décembre 276 ap. J.-C., 2ème émission, 2ème officine.

Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG. (L'empereur César Marc Aurèle Probus  Auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : MARTI PACIFERO // II. (A Mars pacificateur). Mars casqué en tenue militaire à gauche, tenant un rameau d'olivier de la main droite et une haste renversée de la main gauche, un bouclier derrière appuyé au sol.

Poids : 3,91 g -  Diamètre : 22 mm - Axe : 6h00 - Références : RIC n°42 - Bastien : n°167.


Commentaires :

Ce revers est nouveau pour l'atelier Lyonnais et rompt avec les reprises de types  empruntés au monnayage de Tacite et Florien, comme ce fut le cas dans la première émission de courte durée. Cette continuité fut sans doute décidée en l'absence d'instructions précises par le procurator monetae de l'atelier de Lyon. On peut noter aussi l'évolution stylistique du portrait qui ressemble fort encore à celui de Florien mais qui évolue lentement pour être tout à fait ressemblant  au nouvel empereur au cours de la troisième émission.

Cette deuxieme émission, séparée en deux phases ne présente qu'une seule titulature de droit : IMP C M AVR PROBVS AVG.
La première phase correspond à l'émission de monnaies sans marque d'officine destinées à un donativum. Les monnaies seront distribuées aux citoyens dans la ville en l'absence de l'empereur. Le buste de Probus est cuirassé à droite, la partie gravée de la cuirasse étant très courte et marque un changement avec les effets des bustes de Florien, le plus souvent drapés.
La deuxième phase de cette deuxième émission propose des monnaies avec les marques d'officines I, II, III, et  IIII à l'exergue du revers. Lors de cette phase, la deuxième officine est dévolue à la frappe des représentations de Mars avec un revers MARS VICTOR, repris de la huitième émission de Tacite et  un revers MARTI PACIFERO qui est nouveau pour l'atelier de Lyon.

Mars, assimilé à Arès chez les Grecs, est sans doute le plus romain des dieux, touchant de près l'histoire de Rome. En effet, la tradition fait de lui le père de Romulus. S'il est le dieu de la guerre par excellence, il fut aussi le dieu de l'agriculture, du printemps dans des temps reculés. Son culte est complexe. Il est représenté  sur cet aurélianus dans sa nature militaire, patron et dieu tutélaire des soldats. Les empereurs lui attachent une dévotion particulière, encore plus Probus, issu des rangs militaires, maître de l'empire et général des armées. Mars revient souvent dans les inscriptions monétaires avec une grande variété d'épithètes : MILITARIS, POTENS, CAMPESTER rappellent son caractère guerrier. PROPUGNATOR, CVSTOS, CONSERVATOR expriment son rôle protecteur des armées. VICTOR, INVICTVS, les plus répandus, mettent en avant l'idée qu'il procure la victoire. Mars VLTOR, mis en place par Auguste est le dieu vengeur. PACIFER comme pour cet aurélianus et PACATOR montre qu'il est aussi celui qui procure la paix de l'empire. Un programme pour lequel Probus livrera combats aux quatre coins du territoire romain...

Détail du revers


lundi 2 août 2010

L'espérance et le poinçonnage varié des lettres d'officines de l'atelier de Lyon (282 ap. J.-C.)



Lettre d'officine C rétrograde à droite


Description :

 Lyon, 282 ap. J.C, 9ème émission, 3ème officine

Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG, (l'Empereur César Marc Aurèle Probus Auguste). Buste de Probus radié,  drapé et cuirassé à droite vu de 3/4 arrière. (
Buste Bastien : A2)

Revers : SPES AVG // C rétrograde, (l'espérance de l'Auguste). L'espérance marchant à gauche, drapée, tenant une fleur de la main droite et le pan de sa robe de la main gauche.

Poids : 3,78 g - Diamètre: 22 mm - Axe : 2h00 - Référence : RIC/ n°127 var  - Bastien : 419

Commentaires : 

L'espérance personnifiée sur ce revers, contrairement aux grecs, eut des sanctuaires à Rome dès les premiers temps de la République. Elle est représentée sous les traits d'une jeune femme, vêtue d'une tunique sur laquelle est drapée un long manteau dont elle relève l'extrémité inférieure d'une main et tient une fleur en bouton de l'autre main. Elle était la déesse que l'on invoquait (honorée pour les travaux agricoles mais aussi pour le succès militaire) afin que l'objet ou le fait convoité devienne une réalité. Souvent associée à d'autres divinités, on en retrouve une image au temple de la Fortune à Préneste.

L'atelier, divisé en quatre officines pour le monnayage de Probus, compte neuf émissions effectuées entre Octobre 276 et Août 282 ap. J.-C. Cette monnaie de la neuvième émission (qui se situe entre Janvier et Aout 282) se démarque des précédentes par un changement de codes de notation des officines et sur les neuf émissions de l'atelier Lyonnais, seule la dernière est notée avec ce système : on assiste à l'abandon du système de chiffres romains (I, II, III, IIII) notés à l'exergue des monnaies pour revenir au système alphabétique romain déjà employé sous Tacite A, B, C et D. Les lettres placées dans le champ de la monnaie, notent les quatre officines de Lyon. Ce type de revers présentant Spes apparaît dans cette neuvième émission pour les troisième et quatrième officines. La troisième officine partage sa frappe pour les revers  PAX AVG, PIETAS AVG et PIAETAS AVG et ce nouveau type SPES AVG.

Si on étudie l'émission précédente, on s'aperçoit que certains types de la neuvième émission sont frappés par les même coins que ceux utilisés dans la huitième émission. Seul le poinçonnage de la lettre d'officine change. P. Bastien signale même un aurelianus poinçonné B dans le champ à droite et II à l'exergue. Cette monnaie, de coin poinçonné deux fois, prouve bien la réutilisation des coins  de l'émission précédente. Les lettres poinçonnées par les signatores dans le champ du revers à droite ou à gauche de l'effigie, changent entre les deux émissions sans pour cela avoir un changement de type de buste des scalptores.

Pour les officines B, C et D la lettre peut être en position normale à droite ou à gauche, soit en position inversée (lettre rétrograde) comme sur cette monnaie dont trois exemplaires sont répertoriés par P. Bastien. Il ne s'agit en aucun cas d'une erreur de frappe. Par contre, on peut se demander si ces variations ne correspondent pas à des séries différentes dans la même émission, voire à deux émissions différentes. P. Bastien décrit  d'ailleurs dans cette émission un Aurélianus de la deuxième officine (au type TEMPOR FELICIT) portant la marque d'officine B à l'exergue de la monnaie et émet l'hypothèse du début d'une nouvelle émission.


Même type Spes avec la lettre d'officine en position normale et à gauche (RIC n°127 - Bastien n°402)

vendredi 18 juin 2010

Un buste exeptionnel de l'atelier Lyonnais fêtant la campagne victorieuse du Rhin (277-278 ap. J.C)




Description :


Lyon, fin 277- début 278 ap. J.C. 5ème émission, 2ème officine.

Avers : VIRTVS PROBI AVG. (Le courage de Probus Auguste). Buste de Probus radié et drapé à gauche avec haste et bouclier en avant, vu de 3/4 en arrière avec cuirasse et paludamentum. (Buste Bastien : F8 ).

Revers : MARS VICTOR  //  II (Mars victorieux). Mars nu casqué avançant à droite portant une lance transversale de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.
Poids : 5,03 g -  Diamètre : 23 mm - Axe : 12h00 - Références : RIC /-- - Bastien : n°224.


Commentaires :

La variété des bustes sur le monnayage romain traduit souvent un changement politique et religieux dans la vie de l'empereur. Les émissions de Lyon de Probus le prouvent encore une fois avec cette cinquième émission qui présente des bustes exceptionnels coïncidant avec l'arrivée de l'empereur au pouvoir.  Le fait de trouver des bustes consulaires dans cette même émission nous amène à penser qu'elle correspond au deuxième consulat de Probus. Cette cinquième émission exaltant la Virtus de Probus, datée de la fin 277 au début de l'année 278 ap. J.C, fête également sa victoire sur les Francs et les Alamans. Cette frappe fut en partie destinée à un donativum comme le fait remarquer Pierre Bastien au moment d'un second passage de Probus dans la capitale des Gaule. En effet, les aurei et auréliani présentant un revers ADVENTVS PROBI AVG sont présents dans cette cinquième émission attestant de fait le retour de sa campagne du Rhin.

Il est à noter une différence de style de portrait entre la quatrième et la cinquième émission : Les scalptores devaient alors mieux connaitre l'imago de l'empereur, gravant un portrait d'un style plus fin que l'on retrouve lors de l'émission suivante.
Ce revers représentant Mars illustre un retour de campagne victorieux. Il fut utilisé conjointement pour la deuxième et la troisième officine dans cette émission.


 Détail du Buste F8

dimanche 25 avril 2010

L'espoir du retour aux temps heureux dans la capitale des Gaules (278-279 ap. J.C.)




Description :

 Lyon, 278-279 ap. J.C, 6ème émission, 1ère officine.

Avers : IMP C PROBVS•P•F• AVG (L'empereur César Probus Pieux et Heureux Auguste). Buste de Probus radié et cuirassé à droite vu de 3/4 avant. (Buste Bastien : B)

Revers : TEMPOR FELICI // I (Le bonheur des temps). La félicité (Felicitas) debout à droite, drapée tenant un caducée long de la main droite et une corne d'abondance de la main gauche.
Poids : 3,81 g - Diamètre: 21 mm - Axe : 6h00 - Référence : RIC/ n°104  - Bastien : 269.

Commentaires :

L'atelier Lyonnais recommence à battre monnaie sous le règne d'Aurélien en mai 274 ap. J.C. et son activité continuera jusqu'en 413 ap. J.C. Il est divisé en quatre officines pour le monnayage de Probus, frappant neuf émissions entre Octobre 276 et Août 282 ap. J.C.

La légende de droit est ponctuée (cf article : Points séparatifs des titulatures d'avers de l'atelier de Lyon). Le portrait de Probus devient plus ressemblant et la cuirasse et les épaulières sont cloutées.

La félicité représentée sur le revers, déesse romaine de la bonne chance, des événements heureux et de la fécondité est un personnage allégorique qui fait son apparition au milieu du IIème siècle av. J.C. En effet, Caius Licinius Lucullus, général habile, de retour de son expédition heureuse en Espagne en 151-150 av. J.C. lui fit élever un temple. Felicitas prit  à partir de ce moment-là son importance cultuelle dans la religion romaine d'état.
Ce type de légende de revers fut employé dès la première émission d'octobre 276 ap. J.C. pour la première officine sous sa forme longue TEMPORVM FELICITAS. Elle continue d'exister jusqu'à la troisième émission, laissant place à la légende abrégée TEMPOR FELICI lors de la quatrième émission (277 ap. J.C.) et ce jusqu'à la sixième, où elle cesse définitivement d'être usitée. L'atelier fermera et ne reprendra son activité que deux ans plus tard en juillet- août 281 ap. J.C.
Les officines sont notées par un système de chiffres romains (I, II, III, IIII) à l'exergue des monnaies. Sur les neuf émissions de l'atelier, seule la dernière est notée avec les lettres A, B, C et D.

Cette monnaie est frappée après le passage de Probus à Lyon (fin 277 ap. J.C.) où il installe son quartier général afin de poursuivre les Alamans vers la Narbonaise et l'Espagne. Lors de son voyage pour arriver dans la capitale des Gaules dans laquelle on célèbrera son adventus, Probus et son armée constatent le saccage considérable des cultures et les dégradations des villes de la Gaule. Par la suite, descendant le Danube, il refoule les Sarmates en Illyrie. Avec cette légende propagandiste, l'espoir populaire du retour a des temps meilleurs est signifié. Probus arrive en sauveur en gaule et cette libération des envahisseurs barbares fait renaitre l'espoir du retour à des temps plus heureux pour les citoyens.


Buste de Probus à cuirasse cloutée

samedi 3 avril 2010

Un casque Corinthien et un bouclier orné d'une tête de gorgone à l'atelier de Lyon (277-278 ap. J.C.)

Description:


Lyon, fin 277- début 278 ap. J.C. 5ème émission, 3ème officine.

Avers : VIRTVS PROBI AVG. (Le courage de Probus Auguste). Buste casqué, radié et cuirassé de Probus à gauche portant un bouclier présentant une tête de méduse sur l'épaule gauche et une lance sur la droite. (Buste Bastien : E ).

Revers : MARS VICTOR / - / - // III (Mars victorieux). Mars nu casqué avançant à droite portant une lance transversale de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.
Poids : 3,47g -  Diamètre : 22 mm - Axe : 12h00 - Références : RIC /-- - Bastien : n°242.


Commentaires :

Les émissions de Lyon des monnaies de Probus sont très riches en bustes militaires portant le casque impérial et le bouclier. Ces bustes traduisent un changement politique et religieux coïncidant avec l'arrivée de Probus au pouvoir. Cette cinquième émission datant de la fin 277 au début de l'année 278,ap. J.C, fêtant la victoire de Probus sur les Francs et les Alamans, ne comporte que des bustes avec attributs et de nombreux bustes casqués.

Le type de buste militaire de cette monnaie montre Probus casqué, protégé sur son épaule gauche par un bouclier orné d'une tête de gorgone en son centre, plus ou moins décoré sur le pourtour. L'apparition du gorgonéïon sur les cuirasses des bustes monétaires comme sur les boucliers équivalant à l'égide est l'emblème du pouvoir universel transmis par Jupiter. Pierre Bastien pense qu'a partir de l'époque de Gallien, le gorgonéïon, attribut d'Apollon est aussi lié au pouvoir de Sol, pour lequel Probus continue après Aurélien à lui vouer un culte d'état.


 Casque Corinthien                                                                                           Casque Attique

Le casque d'origine Attique,  se caractérise par un frontal élevé finissant en pointe, un garde-nuque assez court et un panache.
Le casque Corinthien, comme celui représenté sur cette monnaie,  est lui formé par une calotte ronde, plus saillante en arrière, une  longue visière dépassant nettement la limite du visage, un couvre-nuque descendant plus bas que celui du casque Attique et d'un panache fixé sur une crête. Le casque Corinthien dominent dans le monnayage de Probus mais le modèle Attique n'est pas complètement abandonné. Il est probable que les graveurs lyonnais avaient à leur disposition dans les archives  de l'atelier, des dessins des bustes casqués de Postume et de Victorin. En effet, le casque, insigne du pouvoir, apparait sur les effigies monétaires sous les règnes de Gallien et Postume et traduit l'influence hellénique encore bien présente à Rome. Ils ont sans doute servi de modèles aux gravures des  bustes casqués de Probus, certains casques étant richement décorés de pierres en cabochon ou de motifs végétaux ou géométriques. La couronne radiée est posée au dessus du casque.


Détail du portrait d'avers

mercredi 10 mars 2010

Les points de séparation des titulatures d'avers de l'atelier de Lyon (277 ap. J.C.)


Aurélianus de Lyon de la 4ème émission, 4ème officine de 277 ap. J.C.



Description:


Lyon, fin 277 ap. J.C. 4ème émission, 4ème officine.

Avers : IMP C PROBVS•P•F• AVG. (L'empereur César Probus pieux et heureux auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan de paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : B).

Revers : ABVNDANTIA AVG / - / - // IIII. (L'abondance de l'auguste). L'abondance drapée à droite tenant à deux mains une corne d'abondance de laquelle tombent les fruits.
Poids : 3,60g -  Diamètre : 23mm - Axe : 12h00 - Références : RIC n°17 - Bastien : n°195.


Commentaires :

L'abondance fait pour la première fois son apparition au revers des auréliani de l'atelier de Lyon au cours de la quatrième émission, reprise ensuite dans les deux émissions suivantes. On la rencontre aussi dans cette même quatrième émission pour la première officine. Cette année 277 ap. J.C. laisse naître l'espoir du retour à l'abondance des richesses pour le peuple romain qui fait confiance à ce nouvel empereur militaire semblant bien décidé à mettre de l'ordre dans les quatre coins de l'empire.
De retour de Rome, Probus s'arrête à Lyon pour préparer son armée au combat contre les barbares qui sévissent en Gaule. Il y installe son quartier général et divise ses forces en deux : une partie de son armée va repousser les Germains en Germanie Supérieure et l'autre contingent repoussera les Alamans ayant franchi les limes du nord pour s'infiltrer jusqu'en Espagne.

Une particularité notable apparaît dans la gravure des auréliani de la quatrième émission de l'atelier Lyonnais : la titulature d'avers comporte des points de séparation que l'on observe dans le monnayage de Probus. Ces points sont le témoignage de la persistance d'une tradition des ateliers monétaires gaulois. Ils étaient employés couramment dans les titulatures de l'atelier de Cologne pour le monnayage de Valérien, et de Gallien jusqu'à Postume. On peut donc penser que les graveurs de l'atelier de Cologne (qui ferme en 272, les graveurs étant transférés à Trêves) ont été finalement installés à Lyon peu après la réouverture de l'atelier par Aurélien en mai 274 ap. J.C, amenant avec eux cette particularité de gravure dans les titulatures de droit. En effet, notons que ces points de séparation apparaissent sous le règne d'Aurélien début 275 ap. J.C. dans les marques d'officines à l'exergue des auréliani de la deuxième émission (A•L, B•L, C•L, D•L notées sans points séparatifs lors de la première émission datée de la fin 274). Les ateliers de Cologne et Trêves seront repris par Rome après la conquête du Nord de la Gaule par Aurélien : cet évènement marque la fin de l'Empire Gaulois. On note pour Tacite ces points dans la titulature d'un aureus de la première émission de Lyon datée d'octobre-décembre 275 ap. J.C. (IMP• C•M•CL TACITVS AVG de revers VIRTVS AVG, Bastien n°17). Ces points séparatifs tendraient donc à prouver cette arrivée à Lyon de graveurs issus des ateliers gaulois dès le début de l'année 275.
On observe le plus souvent ces même points dans le monnayage de Probus  pour la titulature IMP C PROBVS•P•F• AVG dans les quatrième, sixième, septième, huitième et neuvième émissions de Lyon. On les retrouve plus rarement insérés dans la titulature IMP C M AVR PROBVS•P•F• AVG dans la neuvième émission et dans la titulature IMP• PROBVS AVG pour les huitième et neuvième émissions.


 Points séparatifs de la titulature d'avers.

mercredi 3 février 2010

Un buste exeptionnel de PROBUS de la cinquième émission de l'atelier de Lyon (277-278 ap. J.C.)



Lyon, 277-278 ap. J.C. 5ème émission, 1ère officine


Description :

Lyon, fin 277 à début 278 ap. J.C., 5eme émission, 1ere officine. 

Avers : VIRTVS PROBI AVG, (Le courage de Probus auguste). Buste de Probus à gauche vu de trois-quarts en arrière, radié, casqué et cuirassé, tenant une lance et un bouclier (Buste Bastien : E2). Ce buste de parade est émis au moment ou Probus revêt son deuxième consulat en Janvier 278 ap. J.C.

Revers : TEMPOR FELICI // I, (La félicité du temps). Felicitas drapée debout à droite, tenant une corne d'abondance de la main gauche et un caducée long de la main droite.
Poids : 3,81g - Diamètre : 22mm - Axe : 12h00 - Références : RIC n°106 - Bastien : 210k

Commentaires :

Après son voyage à Rome où il obtient la ratification du Sénat, Probus repart libérer la Gaule des exactions commises par les hordes barbares germaniques. Il passe les Alpes fin 277 et installe son quartier militaire à Lyon. En effet, la victoire des armées de Probus sur les barbares qui sévissaient en Gaule depuis 275 ouvre l'ère de la reconquête des territoires romains et des opérations militaires de l'empereur. Après avoir obtenu la confirmation politique à Rome, il s'attaque alors aux problèmes de sécurité des frontières. Des monnaies d'adventus  et de nombreux bustes exceptionnels sont émis à cette occasion offrant avec cette cinquième émission une joli panel du monnayage Lyonnais.
Le revers TEMPOR FELICI en étroite liaison avec la titulature d'avers mettant en avant le courage de l'empereur, fait sans doute référence à ces victoires germaniques ou au retour de l'ordre après les turbulences de la bataille du pouvoir avec Florien. La félicité qui porte une corne d'abondance, symbole de la richesse inépuisable de l'empire et un caducée, symbole de la santé mais aussi manifestant une dualité (solaire, lunaire) renforce l'image du retour espéré à la pax romana. Le chiffre I à l'exergue de cette monnaie atteste la frappe de la première officine qui est la seule à avoir émis ce revers avec cette titulature.


Détail du buste E2