MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

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Affichage des articles dont le libellé est Les Faux monnayages de Probus. Afficher tous les articles
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dimanche 15 août 2010

Un faux type CALLIOPE AVG de Siscia regravé sur un Aurélianus SALVS PVBLIC de Ticinum.



Aurélianus regravé à partir d'un type  RIC n°567 de l'atelier de Ticinum

Il y a quelques temps, la photo d'un Aurélianus de Probus au type CALLIOPE AVG de l'atelier de Siscia a été postée sur un forum numismatique américain, afin d'obtenir plus de renseignements sur cette monnaie. Mais la monnaie reproduite ci-dessus est en fait une supercherie d'une grande qualité. En effet, le type  CALLIOPE AVG de l'atelier de Siscia a été obtenu en regravant un Aurélianus courant de type SALVS PVBLIC de l'atelier de Ticinum (RIC n°567, Ticinum, 279 ap. J.-C., 6ème émission, 3ème officine) avec la marque d'exergue ΓXXI. D'après mes recherches ce type, issu d'une très rare émission encore énigmatique, n'est connu qu'à six exemplaires attestés. Mais il est clair que d'autres exemplaires apparaitront au fil du temps.

Voici la démonstration que cette monnaie n'est pas un type authentique mais regravé  avec talent sur une monnaie existante :

L'AVERS :
L'étude de l'avers de cette monnaie semble indiquer que le style et la graphie des lettres correspondent à l'atelier de Ticinum. Le type étant rarissime, peu de coins ont du être gravé pour la frappe de cette monnaie. J'ai relevé seulement deux coins d'avers différents du buste consulaire et un coin pour un buste militaire.
Le buste consulaire est fin et présente une tête proportionnée sur cet exemplaire. Il semble que le manteau consulaire ait subi lui aussi quelques modifications de gravure pour en améliorer les détails. Mais le plastron central de forme circulaire sur ce buste, n'a pas la même forme que sur les exemplaires attestés de type CALLIOPE AVG. En effet, ils présentent tous un losange central, caractéristique commune des deux coins d'avers du buste consulaire. Un des rubans descendant de la couronne radiée finit sur le cou. Ce détail de gravure est absent sur les monnaies attestées.
Par ailleurs, en observant la titulature, on constate que les lettres sont aussi larges que hautes, de gravure épaisse et profonde et les M sont liés. Ces particularités graphiques nous ramènent au style de l'atelier de Ticinum, le style de Siscia offrant des lettres beaucoup plus finement gravées et de taille plus petite.

LE REVERS :
La représentation de Calliope interpelle dès le premier regard car le haut du corps de la muse ne semble pas aligné avec les jambes. Celui qui a modifié la monnaie a tenté de masquer les éléments de l'iconographie première. Cette monnaie a été engravée à partir d'un aurélianus de type SALUS PVBLIC, présentant la santé (Salus) à droite, nourrissant un serpent. Le drapé de la toge a servi à cacher la queue du serpent, la tête et la partie haute du reptile étant utilisés dans la gravure de la lyre de Calliope. Le bras droit de la muse n'a pas les proportions correctes.
La graphie de la légende n'est pas plus homogène que l'effigie. La composition de la légende SALVS PVBLIC a été intelligemment étudiée afin de pouvoir modifier au mieux la nature des caractères. Mais le style et les artefacts laissés sur les lettres ne trompe pas.
Le gamma (Γ) de la marque d'exergue à été transformé en C. De fait, la nouvelle légende n'est pas centrée et commence plus bas du coté gauche. Le S de SALVS se transforme en A, le A de SALVS en L, le L reste inchangé, le V en I, le S en O, Le P de PVBLIC ne change pas, le V se transforme en E, le B est effacé , le L devient le A , le I devient le V et le C en G.

Les différents exemplaires attestés du type CALLIOPE AUG.

Ce type fort rare manque à la collection Missong du Musée de Vienne et à la collection Pflaum de la BNF à Paris. Il présente un buste consulaire à gauche ( Buste Bastien : H2) et de titulature invariable IMP PROBVS P F AVG. Signalons, une monnaie avec un buste militaire ( Buste Bastien : E)  pour la même titulature. Le revers de légende CALLIOPE AVG nous montre la muse Calliope à droite, diadèmée, jouant de la lyre, appuyée sur son genou gauche, le pied sur un globe (?).

Notons le losange du plastron, caractéristique du buste consulaire (Buste Bastien :H2)

Calliope tient son origine de la mythologie grecque (Καλλιόπη). Elle est la muse de la poésie épique et de la grande éloquence. Fille de Zeus et de Mnémosyne, le front ceint d'une couronne d'or, elle serait  la muse dominante parmi les huit autres de ses sœurs.

Cette monnaie fut mentionnée pour la première fois au cours du XVIIIème siècle par A. Banduri (1718) et H. Tanini (1791), décrite par J. Eckhel en 1797.  H. Cohen signale deux fois le type (1865 et 1886) et la classe parmi les monnaies d'une rareté extraordinaire (Cohen n° 83). P. Webb ne la signale pas dans le RIC, (1933) n'ayant eu sous les yeux qu'un faux apparu à cette période. K. Pink la signale dans la note n°18 p 49 de sa publication "Der aufbau der Romischen Münzpragung in der kaiserzeit : VI/ 1 Probus",  NZ, Wien 1949.
A. Alfoldi, ayant étudié les deux exemplaires des collections Gnecchi et Weifert  en attestera finalement l'existence réelle.

 De même coins d'avers et de revers que l'exemplaire vendu par Lanz. 

Les exemplaires connus de ce type sont au nombre de six : deux dans les collections des musées nationaux  (dont nous n'avons pas les photos) et quatre dans des collections privées. L'exemplaire de la collection Gnecchi est maintenant au musée national de Rome. Celui de la collection Weifert est à Belgrade. Deux autres exemplaires ont été vendus par la maison Lanz (Vente Auction 100, 20.11.2000, lot n°419) et par  CNG (Vente Triton IX, 10.09.2006, lot n°1512). Deux autres exemplaires privés sont apparus sur internet, dont une monnaie, dans un état médiocre mais particulièrement intéressante car elle présente un buste militaire (Buste Bastien : E), ce qui laisse penser que la production, même très limitée, fut plus importante que ce qu'on pouvait l'imaginer.

Unique exemplaire avec un buste militaire (Buste Bastien : E) pour ce type.

Quelques hypothèses ont été formulées pour tenter d'expliquer cette émission autant exceptionnelle qu'inhabituelle : l'apparition de ce type présentant la muse de la poésie épique en pleine période d'invasions barbares et de guerre civile est troublante au regard des autres représentations de l'époque.
Le fait qu'aucune marque d'exergue ne soit gravée, contrairement à toutes les monnaies issues de l'atelier de Siscia, semble en faveur d'un type expérimental ou d'un module frappé pour célébrer un évènement précis. Eckhel explique l'existence de ce type comme une sorte d'hommage rendu par la ville à l'excellence militaire et à la Virtus de l'empereur. En effet, cette monnaie semble avoir été émise à l'automne 278 ap. J.-C., lorsque Probus passe par Siscia, victorieux de ses campagnes militaires lancées sur le limes du Rhin  en Gaule et en Rhétie contre les Francs et les Alamans, les Goths, les Burgondes et les Vandales. Un triomphe fut sans doute fait à l'enfant du pays. Il lancera sa campagne d'Orient juste après.
Une autre hypothèse explique qu'un poème épique narrant les victoires héroïques et la bravoure de Probus, fut publié à cette époque. Cette littérature ayant déplu à l'armée et à l'empereur, la production du type monétaire en fut rapidement arrêtée.

Coin d'avers différent, même coin de revers que les autres exemplaires


mercredi 19 mai 2010

Imitations et fausses monnaies émises à l'époque de Probus (276-282 ap. J.C)



Malgré les mesures prises par Aurélien et ses successeurs, les faux monnayeurs continuèrent à opérer sous le règne de Probus, non seulement dans les provinces de l’ancien empire gaulois, mais aussi au sein de l’Italie car la plupart des copies de monnaies à l’effigie de Probus sont issues de types  empruntés à l’atelier de Rome. 

On distingue trois sortes de fausses monnaies qu’il faut différencier :
On rencontre en premier lieu de véritables « imitations » de monnaies officielles battues avec des coins gravés par les mains des faussaires. Beaucoup de ces imitations viennent du territoire de la Gaule. Elles se reconnaissent facilement par une gravure peu soigné, presque caricaturales et présentent des légendes fautées.  On remarque que leurs types sont recopiés sur les Aureliani issus de l’atelier officiel de Lyon et on en retrouve dans les découvertes jusqu'à Rome.

D’autre part, il existe aussi des monnaies frappées issues de coins obtenues à partir de moulage de monnaies authentiques. Elles ne sont pas faciles à reconnaitre, mais quelques critères  de fabrication nous renseignent sur leurs existences car les faussaires rencontraient de sérieux  problèmes techniques. En effet,  les faux monnayeurs  avaient des difficultés pour obtenir le même alliage  pour la fabrication de leurs flans que celui des monnaies officielles.  La préparation  des flans était aussi une besogne difficile car la difficulté importante était de porter les flans à la bonne température. Le métal des flans n’ayant pas été travaillé de façon adéquate, les monnaies étaient alors fragiles et se fissuraient largement lors de la frappe. Elles présentent un contour souvent irrégulier et les faussaires n’hésitaient pas à limer les tranches. 

Il existe encore une autre sorte de contrefaçon issue de monnaies moulées sur des monnaies authentiques. Les monnaies ne présentant pas les critères  des monnaies décrites ci-dessus sont moulées à partir de l’image d’une monnaie authentique et par la même leurs aspects est souvent satisfaisant. L’axe des coins est le même que la monnaie officielle et l’on retrouve même sur certaines des traces d’argenture. Ce qui amène à penser que les faussaires ne travaillaient  pas loin des officines officielles et il semblerait même que certains faux monnayeurs auraient disposé de coins officiels, au moins pour certains revers. Leurs diffusions et leurs circulations restaient assez locales. 

Si l’on observe les imitations du trésor de La Venera on note 54 monnaies non officielles réparties sur 44 types différents. Parmi ces 54 fausses monnaies il y a 44 exemplaires de monnaies moulées pour 10 exemplaires d’imitations. On note une prédominance des types de la première moitié du règne de Probus (276-280 ap. J.C.), célébrant son premier consulat et une majorité de monnaies présentant  l’étoile à l’exergue. Pour la seconde partie du règne (281-282 ap. J.C.), la surabondance des monnaies émises ont rendu le travail des faussaires inutiles.



 Imitation barbare de la Gaule  (1,34g - 16mm)

dimanche 16 mai 2010

Reconnaitre les faux Auréliani modernes de Probus



Depuis quelques années nous voyons apparaître sur le marché de la numismatique romaine de fausses monnaies venant le plus souvent des pays de l'Est. Les numismates subissent  le revers du succès de leur passion, voyant apparaître sur des sites de ventes aux enchères en ligne des reproductions de monnaies de Probus qui ne sont réellement que de pales copies d'originaux. Je vous propose de vous donner quelques critères d'évaluation permettant de les reconnaître facilement et ainsi d'éviter l'achat de ces fausses monnaies modernes.
 
Ces types de monnaies sont toutes issues d'un même coin réalisé par prise d'empreinte en négatif sur des monnaies authentiques complétée d'un travail de gravure corrective sur les détails. En effet, la première épreuve en négatif permet ensuite d'utiliser la méthode de reproduction par moulage sous pression, méthode bien connue dans l'industrie de l'automobile, du jouet, de la bimbeloterie, etc... donnant un coin identique à l'original. Par cette méthode, il est donc très facile de reproduire rapidement  et en grande quantité ces faux aureliani  à un moindre coût et d'en inonder le marché de la numismatique. L'aspect général de ces copies montrent une surface bulleuse qui caractérise les monnaies moulées. Leurs poids respectent généralement les valeurs des vrais auréliani (Monnaie A : 3,92g - Monnaie B : 3,85g - Monnaie C : 3,76g).

Les types choisis par les faussaires ne sont pas les types rares du monnayage  de Probus car ces monnaies éveilleraient  dès le premier coup d'œil les soupçons des plus aguerris. En effet, il s'agit de types courants issus de l'atelier de Rome dont la liste et les photos sont reproduites ci-dessous. Seul un aurélianus n'existe pas (monnaie C) et semble être fabriqué avec l'avers d'une monnaie et le revers d'une autre. Les faussaires ont sans doute créé une monnaie hybride en choisissant sur deux monnaies différentes les meilleurs états de gravure des faces.

Ces faux aureliani modernes sont fabriqués en zamak. Le nom du métal tient son origine de l'allemand. C'est un acronyme des différents noms des métaux qui le composent : Zinc (95%), Aluminiun (3,9%), Magnesium, (0,03%), Kupfer en allemand, le Cuivre (1%) en français. Ce mélange métallique est idéal car sa grande fluidité en fait son principal atout.
Ce métal offre aux faussaires  un autre avantage majeur :  le zamak est facilement oxydable et permet d'obtenir une palette de couleurs très variée, déclinant toute la gamme des tons marron et vert. pouvant faire penser que les monnaies sont patinées. Traité de manière adéquate, le zamak peut aussi avoir un aspect argenté et brillant proche de l'argenture de surface des vrais auréliani (cf. photos).

La gravure du portrait et du revers n'éveille pas les soupçons instantanément car ces copies modernes sont clonées sur de vraies modules par la méthode de moulage des coins. L'axe de frappe est volontairement varié de manière à donner des centrages différents lors de la production. Les détails de gravure sont moins précis que sur une vraie monnaie et semblent regravés directement sur le coin pour certaines monnaies (voir drapé de la Providence sur la monnaie B). A l'observation, on peut remarquer aussi un empâtement des lettres de la titulature  et des légendes de revers.

Cet article créé dans le but de lutter efficacement contre ce genre de pratique abusive ne catalogue qu'une sorte de copie moderne d'Auréliani de Probus issus d'une seule et même production de faussaires. Malheureusement, cette même production touche aussi d'autres empereurs et impératrices, comme  Séverine et Carus (A/IMP C M AVR CARVS PF AVG - R/ VIRTVS AVGG/A//XXI).
MONNAIE   A

A/ IMP PROBVS P F AVG, Buste radié et cuirassé de Probus à droite.
R/ ADVENTVS AVG // R couronne Δ, Probus à cheval à gauche tenant un sceptre de la main gauche et levant la main droite, un captif devant. 
Copie de la monnaie RIC n°158, Rome, 280 ap. J.C., 5ème émission, 6ème officine. Cette monnaie est donc une copie exacte d'une monnaie officielle.


 MONNAIE   B

A/ IMP C PROBVS P F AVG, Buste radié et cuirassé de Probus à droite.
R/ PROVIDENTIA AVG / - / A // XXI ou IXI (?), La providence debout à gauche, portant une corne d'abondance à gauche et une patère (?) à droite, un globe à ses pieds.  
Copie de la monnaie Pink p42, Rome, 276 ap. J.C., 1ère émission, 1ère officine. Cette marque d'exergue laissant un doute sur la première lettre semble volontairement remaniée. Comme pour le bâton normalement tenu de la main droite qui s'est transformé en patère après un travail de gravure .


MONNAIE   C

A/ IMP PROBVS P F AVG, Buste radié et cuirassé de Probus à droite.
R/ ROMAE AETER // R croissant B, Rome assise dans un temple hexastyle portant une victoire et un sceptre.
Copie de revers de la monnaie RIC n°185, MPR n°360, Rome, 279 ap. J.C., 4ème émission, 2ème officine avec la titulature IMP PROBVS AVG. Cette copie de titulature différente est issue de deux monnaies et n'existe pas dans le monnayage.

MONNAIE   D

A/ IMP PROBVS AVG, Buste radié et cuirassé de Probus à droite.
R/ VICTORIA AVG//R couronne ζ, La victoire marchant à gauche portant une couronne de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.
Copie de la monnaie RIC n°214, MPR n°447, Rome, 280 ap. J.C., 5ème emission, 6ème officine. Cette monnaie est donc une copie exacte d'une monnaie officielle.