MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

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Affichage des articles dont le libellé est Histoire de Probus. Afficher tous les articles
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samedi 21 janvier 2012

Une légitimité impériale partagée entre Probus et Florien. (276 apr. J.-C.).


Aurélianus de Florien ( Rome, 1e émission, 1ere officine, 276)

Au début de l'année 276 apr. J.-C., les Alains et les Goths avaient envahi l'Asie Mineure pillant le Pont, la Galacie et la Cappadoce, se payant ainsi la solde d'une hypothétique intervention contre les Perses menée à titre d'auxiliaires sous le commandement d'Aurélien. L'empereur Tacite ira analyser la situation sur place et  réorganiser les opérations de cette campagne Gothique. Les combats commandés par ses fidèles généraux  Maximinus et Florien furent couronnés de succès.

Tacite, membre de l'ordre équestre ou général d'active ou encore préfet du prétoire mais nullement doyen des sénateurs comme nous le décrivait à tort le biographe de l'Histoire Auguste, meurt sur le chemin du retour vers l'Europe, victime d'un complot dans la province du Pont (ou à Tyane en Cappadoce) en Juin 276 apr. J.-C. C'est donc juste après son assassinat que le problème successoral semble s'être posé immanquablement et avoir été réglé sans une concertation réfléchie entre les différentes autorités ayant le pouvoir d'élever un nouvel homme à la tête de l'empire. Comme nous le montre l'étude des dates des évènements qui vont suivre cette période de vacation impériale, les nominations furent tranchées dans les plus brefs délais. Ces décisions si hâtives semblent avoir été prises dans le seul but d'éviter l’installation d'une nouvelle instabilité du pouvoir. Ce vide sonnait comme une menace à l’intégrité de l'empire alors que les campagnes de "nettoyages" des différentes provinces menacées par les Barbares semblaient devenir efficaces.
 Florien, préfet du prétoire sous Tacite, général actif participant aux combats en Asie Mineure durant la campagne Gothique de Tacite, sera donc nommé Empereur par les prétoriens, titre rapidement ratifié par le Sénat Romain. Mais au même moment, Probus, général présent en Syrie revêt la pourpre en Orient, lui-même élevé par son armée au plus haut rang des dignitaires romains.

Aurélianus de Florien (Lyon, Juillet 276, 2e emission, 3e officine)

Dès lors, la course à la légitimité s'organise entre les deux généraux de l'armée romaine. Une bataille d'influence s'engage sur les différents territoires de l'empire afin de donner raison à l'un des deux prétendants au pouvoir :  Florien, maitre de l'Occident, était reconnu sur une zone allant de la Cilicie jusqu’à l'Italie, en Gaule, en Espagne, dans les iles de Bretagne et en Afrique du Nord.  Probus régnait déjà en maitre sur l'Orient, en Syrie, en Phénicie, en Palestine et en Égypte. Mais cette répartition territoriale, qui semble donner raison à Florien, n'est pas le seul élément qui permit à Probus d'écraser son adversaire dans la bataille du pouvoir.
En ces temps de troubles, le gage de confiance qu'accordait l'armée à un de ses chefs s'étant illustré par sa bravoure au combat, suffisait presque toujours à l'élever à la tête de l'empire. Cette nomination suprême par le mérite militaire avait plus d'incidence sur la population et les militaires que la nomination d'un empereur qui détenait son titre simplement avec l'aval de l'autorité Sénatoriale. La différence de méthode employée pour élire un nouvel empereur semble être l'un des facteurs déterminant qui donna la préférence et une plus grande légitimité au général  Probus.En effet, Florien abandonnera la bataille contre les Goths en Asie Mineure pour aller combattre son adversaire, ce qui lui valu d'avoir une aura militaire en demi-teinte.
Probus quitte alors la Syrie et les deux armées se livrent bataille en Cilicie (à Tarse). Après quelques affrontements anarchiques et désordonnés, Florien est fait prisonnier et fut rapidement éliminé par ses propres troupes en Aout 276 apr. J.-C. Son règne n'aura duré qu'un peu plus de deux mois (de Juin à Aout 276). Certains historiens considèrent  le règne de Tacite et de Florien comme une période transitoire d'instabilité politique entre ceux plus glorieux d'Aurélien et de Probus.

Aurélianus de Florien (Siscia, 276, 1e emission, 6e officine)

Seulement six ateliers (Lyon, Rome, Cyzique, Serdica, Ticinum et Siscia) battront monnaie à l'effigie de Florien. Aucune monnaie ne fut frappée dans les ateliers Orientaux d'Antioche et de Tripolis, ces territoires étant acquis tout entier à la cause de Probus. Ils furent d'ailleurs les premiers à présenter le portrait du nouvel empereur militaire.
L'étude des monnaies de Florien est passionnante à plusieurs titres lorsque l'on s’intéresse aux différents monnayages de cette période. Nous constatons que les types utilisés pour Florien préfigurent ceux employés pour frapper les monnaies de Probus. La typologie utilisée pour Florien est de même calquée sur son prédécesseur Tacite. Ce réemploi des types monétaires a permis d'affiner le classement des différentes émissions du début du règne de Probus.

Les scénographies employées pour ce monnayage de courte durée rendent souvent hommage à la Virtus militaire de Florien, sans doute moins évidente et éclatante que celle déjà développée par son adversaire politique comme nous l'avons vu précédemment. Les thèmes militaires sont récurrents : la victoire, la fidélité et la concorde militaire se trouvent au centre des préoccupations de Florien et illustrent l'importance de gagner les faveurs de l'armée pour obtenir la consécration du pouvoir.

 Aurélianus de Florien ( Lyon, 276, 3e emission, 2e officine)

Notons aussi que l'imago impériale de Florien fut employée quelques temps par les scalptores des ateliers occidentaux afin d'illustrer les premiers portraits des émissions de Probus. Il en existe de flagrants exemples sur les monnaies de l'atelier de Lyon car les graveurs ne connaissaient pas encore les traits du nouvel élu.

Ce monnayage court mais passionnant est à placer en parallèle avec les monnaies des premières émissions de Probus issues des ateliers orientaux d'Antioche et de Tripolis. Cet ensemble constitue alors un panorama complet du monnayage de cette période trouble pendant laquelle Florien et Probus se sont affrontés pour obtenir la légitimité impériale tant convoitée.

Aurélianus de Florien (Cyzique, 276, 1e emission, 5e officine)


dimanche 26 septembre 2010

H - Chronologie événementielle des années PROBUS (276 - 282 ap. J.-C.)



Voici un classement chronologique des événements qui se sont déroulés durant le règne de Marcus Aurelius Probus. L'établissement de cette chronologie découle des renseignements que l'on peut extraire des textes historiques. D'autre part, elle est  corrigée grâce à la richesse du matériel que nous offre les nombreuses inscriptions numismatiques des différentes émissions monétaires du règne. Cet index permettra sans doute de retrouver rapidement, suivant l'année de frappe d'une monnaie, les faits historiques du moment et la ville, la région où se trouvait l'empereur. Il aidera ainsi à mieux comprendre comment les nombreux déplacements de Probus et de son armée tout au long de son règne ont été dictés par l'obsession impériale de libérer l'empire des nombreuses menaces barbares. Les cartes donnent une idée des incessants  déplacements de Probus accompagné de son armée, aller-retours sans relâche entre l'Orient et l'Occident dans le but de régler les nombreux conflits politiques et barbares.


(Cliquez sur la carte pour agrandir)

L'année 276 ap. J.-C. : TR P I

Juin-Juillet : Mort de l'empereur Tacite à Tyane.
Juillet : Les prétoriens déclarent Florien, l'actuel préfet du prétoire, empereur de Rome. Son pouvoir s'exerce entre la Cilicie et l'Italie, la Gaule, l'Espagne, les iles de Bretagne et l'Afrique du Nord.
Vers le 20 Août : Probus est proclamé à son tour empereur par ses troupes en Orient. Pour lui, son pouvoir s'applique sur la Syrie, la Phénicie, la Palestine et l'Egypte.
De fin Août à début Septembre : La guerre est déclarée entre Florien et Probus. Mais Florien meurt, assassiné par sa propre armée en Cilicie  dans la ville de Tarse (5/09/276). 
Septembre : Probus quitte la Syrie avec ses troupes stationnées en Orient dans le but d'aller ratifier sa nomination  impériale par le Sénat de Rome. Les ateliers de Tripolis et d' Antioche seront fermés car les troupes suivent l'empereur.
De Septembre à Décembre : Probus passe le Bosphore et arrive à Cyzique (Adventus), ville dans laquelle il passera l'hiver.

L'année 277 ap. J.-C. : TR P II COS I

De Janvier à Mars : Probus repart de Cyzique et reprend la route avec son armée en direction de Serdica.
Mars : Arrivée de Probus à Serdica (Adventus) mais il ne restera que peu de temps, laissant des troupes sur place. L'atelier continuera donc de frapper des monnaies pour payer les troupes restées en avant du Bosphore.
Avril : Arrivée de Probus à Siscia (Adventus). La ville l'accueille comme l'enfant du pays mais il repart  rapidement laissant des troupes dans la ville.
Entre Mai et Juillet : Arrivée de Probus à Rome (Adventus) et ratification de son pouvoir par le sénat romain.
Fin 277 : Probus repart de Rome pour affronter les Alamans en Gaule qui ont franchi les limes du Nord. L'empereur passe les Alpes et installe son camp à Lyon (Adventus). Probus divise ses forces en deux contingents. Une partie des troupes part affronter les Alamans vers la Narbonnaise et l'Espagne tandis que Probus commande le reste du contingent et se dirige vers le Nord de la Gaule afin de repousser les Germains au delà du Rhin, en Germanie supérieure jusqu'à Mayence.


(Cliquez sur la carte pour agrandir) 

L'année 278 ap. J.-C. : TR P III COS II

Début 278 :  La Gaule libérée, l'empereur redescend vers le Sud, passe les Alpes et arrive à Ticinum (Adventus + donativum) où il fête ses victoires germaniques et son second consulat.
De Septembre à Novembre : Il repart de Ticinum et arrive en Rhétie ou il combat les Burgondes et les Vandales sur les rives du Lech, près d'Augsbourg. Le problème reglé, Probus descend le Danube et repousse les Sarmates en Illyricum.
Décembre : De là, il s'arrête à Siscia (Adventus), ville proche dans laquelle il passera l'hiver.

L'année 279 ap. J.-C. : TR P IIII COS III

Il passe presque toute l'année 279 à Siscia, travaillant avec son armée à des travaux d'intérêt public. Puis il repart à travers la Thrace pour soumettre les peuples barbares. Probus s'arrête à nouveau à Serdica pour peu de temps et fait fermer l'atelier, enlevant les légions stationnées à proximité.

L'année 280 ap. J.-C. : TR P V

Printemps : Probus passe le Bosphore pour arriver à Cyzique ou il réinstalle une partie de son armée.
Eté-Hiver : L'empereur part combattre les barbares  dans les contrées voisines d'Isaurie et de Pamphylie. 
Il arrive à Antioche où il rouvre l'atelier monétaire. Il se dirige ensuite vers l'Egypte en passant par Tripolis, rouvrant également l'atelier monétaire pour seconder les émissions d'Antioche. Durant la campagne d'Egypte, il combat les Blemmyes et libère les villes de Koptos et Ptolémaïs.
Varhan II, roi Sassanide demande la paix à Probus sans avoir mené le combat.
Les rébellions de Bonosus à Cologne et de Saturninus en Syrie se terminent par l'assassinat des chefs par leurs troupes.


(Cliquez sur la carte pour agrandir)

L'année 281 ap. J.-C. : TR P VI COS IIII

Printemps : Probus prend la route pour Rome en faisant une courte halte dans la ville de Ticinum. Le soulèvement de Proculus à Lyon se termine par son exécution, livré par ses troupes à l'empereur.
Eté  : Arrivée de Probus à Rome. L'empereur est reçu en invincible (Invictus)  et pacificateur de l'empire. Un Grand triomphe est organisé dans l'Urbs (6ème émission).
Automne- Hiver :  Il repart vers l 'Est dans l'idée de vaincre les Sassanides. Probus s'arrête à Siscia pour réunir ses troupes et préparer ses quartiers d' hiver.

L'année 282 ap. J.-C. : TR P VII COS V

Printemps : Probus a dans l'idée d'annexer la Mésopotamie et l'Arménie selon le rêve d'Aurélien. Il part pour l'Orient. Probus, ne supportant pas l'oisiveté de ses légionnaires, occupe ses troupes stationnées à Siscia à divers travaux d'intérêts publics et agricoles.
Eté : L'armée travaille durement à l'assainissement des marécages dans les environs de Sirmium, sa ville natale. 
Septembre ou Octobre : Carus, le préfet du prétoire à Rome, est annoncé en usurpateur dans la province Norique. Assassinat de Probus par un soulèvement des troupes. L'armée impériale se rallie à Carus.

On s'aperçoit en lisant la chronologie du règne de Probus que le rôle d'un empereur au IIIème siècle ne consistait pas à attendre dans les fastes de son palais  romain que l'on appliquât sa politique. Il était un vrai militaire, chef des armées, sans cesse amené à parcourir de long en large le territoire impérial pour repousser les attaques des peuples voisins. La paix et la sécurité de l'empire reposaient seulement sur lui et sur le succès de ses campagnes militaires.


PERTETVO  IMP  C PROBO INVIC AVG

samedi 30 janvier 2010

G - Justification historique de la dynastie des empereurs Illyriens dans le monde romain


Il est des situations dans l'histoire de l'empire romain du IIIème siècle, où la classe dirigeante préféra fermer les yeux sur les difficultés qu'elle rencontrait à asseoir son autorité dans ses différentes provinces et régions. En mettant à mal l'unité romaine, les barbares ne rencontraient que peu de résistance aux frontières, les gouvernants se voilant la face plutôt que de s'attaquer de front aux vrais problèmes de politique de défense territoriale. Déja, les adversaires frontaliers de Rome donnaient du fil à retordre à  l'empereur Gallien et à son armée peu efficace dans ce contexte d'invasions incessantes. Les usurpateurs gaulois (de Postume à Tetricus) luttaient d'une certaine manière contre l'envahisseur de façon locale mais ne réglaient pas le problème général. de la sécurité de l'empire. Il fallait faire cesser rapidement la déliquescence de l'unité territoriale qui s'opérait à une vitesse inquiétante dans l'empire romain. Devant un tel désastre, les empereurs Illyriens vont prendre en charge la destinée du  monde romain et réussir à rétablir pour quelques temps l'unité et la sécurité du territoire romain.

L'Illyrie est un royaume qui s'étend des côtes de la rive orientale de l'Adriatique correspondant à peu près à l'Ouest de la Croatie, de la Slovénie et de l'Albanie actuelle. Ce peuple de souche Indo-Européenne comprenait des Dalmates et des Panonniens. En fait, le terme "Illyriens" était un nom donné à l'origine à une seule tribu mais finit par désigner toutes les tribus linguistiquement et culturellement similaires occupant le territoire au nord de l'Epire et à l'ouest de la Macédoine. Leur culture éclectique, faite d'apport des cultures dominantes grecque puis romaine, n'est pas très développée, ni originale. L'art Illyrien n'a jamais dépassé le niveau d'un simple savoir-faire ni développé un style propre. Durant leur indépendance, les Illyriens passent deux siècles et demi en guerre quasi constante contre les Macédoniens, les grecs, les Epirotes et les Romains. Après la bataille d'Actium (31 av. J.-C.), les anciennes villes libres deviennent des colonies romaines (Dyrrachion,  Byllis). Une communauté de citoyens romains se constitue et le latin s'y développe.  Mais le processus de romanisation se fit vraiment sentir qu'à partir du IIème siècle ap. J.-C. et particulièrement sous les règnes d' Hadrien et d'Antonin le Pieux.
Carte de l'Illyrie

Mais pourquoi Rome, la capitale du monde, dût s'en remettre aux Illyriens pour rétablir sa supériorité et sa puissance plutôt que de nommer des empereurs issus de la capitale ? La vieille souche des empereurs romains était-elle épuisée ou est ce du à un changement politique ?
Il n'y eu aucun complot, ni tentative d'hégémonie sur le monde romain de la part de ces Illyriens ayant obtenu le pouvoir suprême : simplement leur ascension au sommet de la hiérarchie romaine fut le résultat d'une faiblesse et d'une incapacité à fournir des dirigeants à poigne issus de Rome même, témoignant de l'épuisement évident de l'Italie et d'une nouvelle façon de sélectionner les empereurs au sein de l'armée grâce à leurs brillants exploits et leurs capacités à commander. Désormais, c'est l'armée qui choisit  l'empereur parmi ses chefs, le sénat n'ayant pas d'autre choix que d'avaliser la nomination après coup.
Les Illyriens, population saine et rude, bien assimilés dans le monde romain constituaient depuis longtemps déjà une réserve de combattants vaillants dans laquelle on puisait pour recruter des unités de combat militaire  efficaces. Au début simples paysans du Danube, Les Illyriens surent au fil du temps devenir de valeureux soldats de l'armée romaine.  Ils furent  alors récompensés, gravissant les échelons militaires et recevant les honneurs grâce à leur intelligence tactique et surtout leur adresse à combattre à cheval. Certains devinrent officiers, puis ensuite généraux. Il n'y avait qu'un pas pour qu'ils deviennent de bons empereurs ! Ils avaient un solide sens de l'analyse malgré qu'ils n'avaient pas les standards  de l'intelligentsia romaine de l'époque . Ils ne pratiquaient pas la philosophie, ni la poésie grecque comme les empereurs  issus de la nobilitas de Rome. Militaires avant tout, ils jouissaient d'un sens inné à juger les situations, de s'y adapter et montraient à cet égard un patriotisme fervent et sincère. Le soldat romain  commençait à ne plus être nécessairement "romain", mais continuait à être un professionnel à plein temps. Formée de Maures et de Dalmates depuis Trajan et Marc Aurèle, la cavalerie s'enrichit au IIIème siècle des Orientaux (Osrhoeni, Palmyreni, Hemeseni) et des Illyriens dont le courage était  légendaire. De nombreux textes relatifs aux années 250-270 suggèrent l'existence d'une armée mobile de cavalerie et évoquent le rôle militaire et politique croissant du chef unique sous lequel elle aurait été placée. Cette augmentation de la mobilité des troupes militaires et le développement de la cavalerie est la conséquence directe des  nombreuses incursions barbares que subit l'empire.
Ainsi, les Illyriens saisirent l'occasion de faire sortir de leurs rangs des hommes de grande valeur, tous dévolus à la défense de l'empire romain et à la suprématie de la puissance de l'armée.

Claude II le gothique (Marcvs Avrelivs Claudivs)

Le premier Illyrien à prendre le pouvoir après la mort de Gallien fut Claude II le gothique, appelé ainsi parce qu'il combattit les Goths et les Alamans dans les Balkans. Son ardeur au combat était  portée par son intention de défendre l'occident et redonner son éclat à un empire malade sur toutes ses frontières. Malheureusement, il mourut de la peste en 270 ap. J.C. Quintille, le frère de Claude II, était loin d'être à la hauteur de la succession et l'armée l'élimina seulement au bout de 19 jours.

Aurélien (Lvcivs Domitivs Avrelianvs)

Le troisième empereur Illyrien fut Aurélien. Conscient de la menace des invasions prêtes à déborder sur Rome dans un avenir proche, il fit construire en 274 ap. J.C. une enceinte fortifiée de 19 km autour de la ville dont les travaux furent seulement achevés sous le règne de Probus. Cette volonté de résistance par la construction du mur d'Aurélien exprime d'une certaine façon la fragilité potentielle et l'inefficacité militaire de l'armée romaine, incapable de maintenir l'ordre et la paix sur son propre territoire.
Mais Aurélien voulut restaurer la sécurité des citoyens en décidant d'affronter militairement les barbares sur les frontières du Danube ou il remporta des succès notamment sur les Goths, Les Vandales, les Sarmates et d'autres envahisseurs. Il s'occupa ensuite de l'Orient en remportant à Palmyre une victoire sur Vaballathe, le fils de Zénobie, rétablissant ainsi la suprématie romaine de l'Asie mineure à l'Égypte. En Gaule, il élimina l'empereur gaulois Tétricus. Continuant sa lutte contre les ennemis de Rome, il voulut s'occuper de la Mésopotamie mais fut assassiné près de Byzance en Décembre 275 ap. J.C.

Tacite (Marcvs Clavdivs Tacitvs)

Sa succession fut assurée, par la nomination de Tacite par le Sénat, (un vieux sénateur de 75 ans ou un ancien général de l'armée d'Aurélien ?), laissant la surveillance de l'Egypte et de la Syrie au général Probus, le meilleur adjoint d'Aurélien. Il décida d'aller régler avec son frère Florien les problèmes posés par les Goths en Asie mineure. Mais Tacite mourut assassiné en 276 ap. J.C. Les armées déclarèrent Probus empereur en même temps que Florien qui reçut le même titre par le Sénat. Florien se maintint quelques mois, puis fut tué à Tarse, en Cilicie.

Probus (Marcvs Avrelivs Probvs)

Probus, désormais seul nouvel empereur, chef de la cavalerie (des equites, duquel il tire son surnom), aspirait sans doute au retour de la Pax Romana des temps anciens et décida de continuer l'œuvre de "nettoyage territorial" commencé par les empereurs précédents. Les courageux Illyriens ont su  imposer à nouveau la suprématie de Rome sur bon nombre de territoires qui semblaient perdus définitivement. Il est évident que contrairement aux empereurs d'origine romaine, ils ne se souciaient guère de l'art et de la culture sauf pour servir leur propagande. Mais les affaires de l'état les préoccupaient plus que la culture artistique de l'époque. Les citoyens de Rome, protégés par le mur d'Aurélien, continuaient à vivre de la même façon, entourés de fastes, de poésie et de philosophie.

Pendant vingt ans, les empereurs Illyriens se succédèrent en assurant le maintien de la suprématie romaine sur les territoires belliqueux. Mettant un terme aux rébellions et aux usurpateurs de façon courageuse et engagée, les nouveaux empereurs militaires furent indispensable à la sauvegarde de l'intégrité de l'empire qui ne tarda pas être menacé à nouveau.

vendredi 8 janvier 2010

F - L'assassinat de PROBUS par son armée à Sirmium (Septembre 282 ap. J.C.)


Durant cette année 282 ap. J.C., Probus se préparait à commencer une campagne militaire contre les Perses afin de venger Valérien. Il prit la route de l'Illyrie où il fit quelques étapes pendant que ses forces militaires se rassemblaient.
Durant son séjour à Sirmium en septembre de la même année, ne voulant pas laisser ses troupes inactives encore une fois, il entreprit de faire assécher des marais aux abords de sa ville natale en faisant creuser un canal qui acheminerait l'eau jusque dans la Save. Il donnerait ainsi de nouvelles terres labourables aux habitants de Sirmium grâce au travail de ses légions.
Mais les soldats se mutinèrent car les travaux étaient harassants et le climat torride à cette époque de l'année. Des rumeurs circulaient déjà, affirmant que Probus disait de façon sérieuse que bientôt l'empire n'aurait plus besoin de soldats, ce qui paraît peu plausible car Probus se préparait à affronter les Perses. Mais ces colportages étaient sans doute lancés par quelques soldats ambitieux, tel que Carus qui lui succèdera. On reprocha d'ailleurs par la suite à ce dernier de s'être frayé le chemin menant au trône par le biais du crime.

Devant la colère montante de ses troupes lors de l'inspection des travaux, constatant qu'ils n'avançaient guère, Probus n'eut d'autre solution que de prendre la fuite, sentant la menace monter autour de lui. Il voulut se réfugier dans une tour fortifiée qu'il avait fait construire pour observer lui-même ce qui se passait dans tous les territoires environnants. Hélas ! Les assassins le rattrapèrent avant qu'il eut pu gagner cet asile et le tuèrent.

A l'annonce de sa mort, le Sénat et le peuple en furent très affectés et regrettèrent fortement cet assassinat. L'armée même se reprocha très vite après-coup d'avoir tué ce héros. Comme pour se repentir de ce geste meurtrier, les soldats lui dressèrent un tombeau magnifique avec cette inscription sculptée sur le marbre :

"Ci gît l'empereur Probus, homme probe s'il en fut, vainqueur de toutes les nations barbares et vainqueurs des tyrans.".

Aurélianus de Carus de Lyon de 282 ap. J.C. 3ème émission, 2ème officine RIC n°12

Ayant appris que le préfet du prétoire Carus, responsable de la défense en Occident s'était fait déclarer empereur en l'absence de Probus, l'armée décida de se ranger sous ses ordres. Carus fit mourir les assassins de Probus et rendit les plus grands honneurs à sa mémoire et le mit même au rang des dieux. 
Les descendants de Probus quittèrent Rome et allèrent se fixer en Italie dans les environs de Vérone, de Benacum et Larium.

Constamment victorieux, depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort, homme sans reproche au très grand génie militaire, étant aussi courageux qu'Aurélien, mais plus respectueux de son armée, aussi modéré que Marc Aurèle mais plus apte à la guerre, ne transigeant jamais les lois, employant les armes que par nécessité, grand général et prince attentif à satisfaire le peuple, toujours occupé de projets utiles au bien public, Probus réunissait toutes les qualités d'un grand empereur romain. Au cours de son règne, il rebattit ou répara 70 villes et forma au sein de son armée des généraux ambitieux comme Carus, Dioclétien, Maximien Hercule et Constance Chlore.

E - Le triomphe de PROBUS à Rome (281 ap. J.C.)


Les révoltes des usurpateurs endiguées, les frontières de l'empire sécurisées, Probus décida de rentrer à Rome afin d'organiser les festivités de son triomphe, ramenant avec lui ses nombreux butins de guerres .
Il offre ainsi aux Romains de magnifiques fêtes en Juin 281 ap. J.C. : il fit précéder son char de groupes de cinquante captifs de toutes les nations qu'il avait soumises à l'obéissance romaine. Il donna au Colisée un spectacle de chasse somptueux où le gibier était laissé à disposition du peuple. Les dépenses exorbitantes occasionnées par les fêtes des empereurs victorieux étaient indispensables pour satisfaire le peuple dont le droit le plus ancien était d'être amusé par ses maîitres.
Volpiscus nous en donne d'ailleurs une description précise :

"De grand arbres furent arrachés avec leurs racines par les soldats et furent fixés sur un assemblage de longues poutres liées entre elles en long et en large, et qu'on recouvrit de terre : le cirque tout entier, planté d'arbres dans tout l'éclat de leur verdure, offrait ainsi l'aspect merveilleux d'une forêt. On lâchat ensuite par toutes les avenues mille autruches, mille cerfs, mille sangliers, mille daims, des ibis, des brebis sauvages et autres animaux herbivores autant qu'on put nourrir ou plutôt qu'on put trouver. Puis on donna accès au peuple et chacun prit ce qu'il voulut.
Un autre jour, il fit lancer en même temps dans l'amphithéâtre cent lions à longue crinière. Ces animaux, dont les rugissements étaient comparables au bruit du tonnerre, furent tous tués au sortir des loges souterraines, mourant sans donner de grandes marques de courage : ces bêtes n'avaient pas la fougue qu'elles montrent ordinairement quand elles sortent des voûtes grillées ; plusieurs même qui ne voulaient pas quitter les loges, furent tuées à coup de flèches. Parurent ensuite cent léopards de Libye, cent de Syrie, cent lionnes et trois cents ours en même temps : le spectacle de tous ces animaux féroces fut plutôt merveilleux qu'agréable. Enfin furent introduit trois cents paires de gladiateurs, parmi lesquels combattirent plusieurs Blemmyes, plusieurs Germains et Sarmates et même quelques brigands Isauriens qui avaient précédé le char triomphal de Probus.".

On raconte qu'a cette occasion 80 des 600 gladiateurs prévus pour combattre dans l'arène refusèrent d'aller s'étriper pour le seul amusement du peuple. Après avoir tué leurs surveillants, les révoltés allèrent semer la panique dans les environs de Rome, ravageant et pillant tout ce qu'ils trouvaient. Ils entrainèrent dans leur épopée d'autres hommes mal intentionnés si bien que Probus fut obligé d'envoyer les troupes régulières à leurs trousses. Ils les rattrapèrent facilement et se firent tous massacrer.


Rome, 280 ap. J.C., 5ème émission, 6ème officine, RIC n°214

Probus marqua son triomphe en donnant  le droit  de planter de la vigne aux Gaulois, aux Espagnols et aux Pannoniens ; il levait ainsi la défense appliquée à ces peuples depuis Domitien. Nous devons à Probus l'existence des vins français mais aussi du fameux Tokay de Hongrie. Il prit soin de faire planter la vigne par ses propres soldats sur le mont Alma, près de sa ville natale de Sirmium, tenant  toujours ses troupes occupées même en temps de paix. 
Cette habitude de confier à ses soldats des travaux d'intérêt public donne à son règne un éclat supplémentaire : l'assèchement de marécages, la construction de routes et la participation à divers travaux agricoles sont aussi des rôles dévolus à l'armée sous son règne.


Mais Probus ne se repose pas longtemps sur ses lauriers. Au début de l'année 282 ap. J.C., il décide de reprendre le rêve d'Orient d'Aurélien et de marcher sur la Mésopotamie et l'Arménie qui sont un carrefour  stratégique pour les voies commerciales avec l'Inde , la Chine et la steppe eurasiatique... 

mercredi 6 janvier 2010

D - Les usurpateurs Proculus, Bonosus et Saturninus sous PROBUS (280-281 ap. J.C.)



Au cours de l'année 280 ap. J.C., Probus dut faire face à des rébellions qui s'étaient déclarées lorsqu'il était occupé à rétablir la paix en Orient.

Un certain Proculus, natif d'Albenga en Ligurgie, servait dans l'armée romaine avec honneur, obtenant le grade de tribun. Homme de peu de mœurs, il tirait  sa grandeur de ses exploits de débauches  et de crimes multiples. Les soldats de l'armée de Lyon, maltraités sous l'empereur Aurélien exhortèrent Proculus à se révolter et à se mettre à la tête des Gaules. Sa femme Viturgia surnommée Sampso, d'une ambition démesurée l'appuya aussi dans sa démarche. Le complot éclata à Cologne lors d'un repas au cours duquel, vainqueur  dix fois d'une partie d'échecs, Proculus fut proclamé Empereur par un bouffon qui lui jeta une pièce de drap pourpre sur les épaules en lui lançant: "Je vous salue, Auguste!". Les convives prirent la nomination au sérieux et la rébellion gagna toute la Gaule et même l'Espagne et la Grande-Bretagne. Proculus, riche d'une armée de 2000 esclaves, aurait souhaité engager aussi avec lui les barbares qui occupaient les bords du Rhin. Mais ces derniers demeurèrent fidèles à Probus et l'aidèrent même à faire la guerre pour se débarrasser de ce tyran. Volpiscus nous apprend que Proculus battit les Germains dont il n'avait pas pu obtenir l'alliance. Il perdit ensuite la bataille contre l'armée fidèle à Probus et prit la fuite, se réfugiant chez les Francs, du sang desquels il prétendait tirer ses origines. Mais les Francs livrèrent Proculus à l'empereur, ne voulant pas l'affronter une nouvelle fois. Probus le fit immédiatement exécuter.


Rome, 281 ap. J.C., La fidelité de l'armée.

Le sort funeste de Proculus ne servit point de leçon à Bonosus. Fils d'une mère gauloise et d'un père rhéteur (ou maître d'une école de grammaire) cet homme avait accumulé une fortune considérable. Ayant perdu son père dans son enfance, il fut élevé par sa mère qui lui enseigna les lettres. Mais il préféra l'art de la  guerre et embrassa une carrière militaire pendant laquelle il obtint le brevet de Capitaine. Il eut plus tard le statut de tribun et enfin de commandant général des troupes qui gardaient la frontière de la Rhétie. Il avait servi sous Claude II combattant les Goths à ses côtés.
Mais un de ses plus grands talents était de boire  sans limite, gardant toujours son sang froid et sa raison. Aurélien d'ailleurs disait de lui "qu'il était né non pour vivre mais pour boire". Aurélien lui fit épouser une prisonnière de guerre, fille d'un chef de la nation des Goths. Elle procurait ainsi à son mari des relations permettant d'apprendre des faits importants et utiles à l'empereur. Une lettre  d' Aurélien adressée au lieutenant de Thrace nous est rapportée par Flavius Volpiscus :

" Aurélien à Gallonius Avitus, salut.
Dans ma lettre précédente, je vous avez demandé d'établir à Périnthe les jeunes filles de nobles familles du pays des Goths, avec pour allocations destinées non pas à chacune en particulier, mais à chaque société de sept, pour pourvoir à leur vie en commun: car en donnant à chacune elles n'ussent reçu que peu et la république eût dépensé beaucoup. Maintenant que j'ai résolu d'unir Hunilia à Bonose, vous donnerez à ce dernier les objets dont la note est ci-jointe; vous célébrerez aussi ses noces aux frais de l' Etat.

Note :
Des tuniques à capuchon, d'étoffe mi-soie et de couleur hyacinthe, une tunique d'etoffe mi-soie, garnie de noeuds d'or et flottante deux tuniques interieures à double bordure et tout ce qui convient à une matrone.Vous compterez à Bonose 100 Philippe d'or, 1000 antoniniens d' argent et 1000 000 de sesterces de cuivre. ".

Sous le règne de Probus, Bonosus avait obtenu le commandement de la flottille entretenue sur le Rhin par les romains. Un jour, les Germains incendièrent les vaisseaux qu'il avait en garde et pour échapper à la responsabilité de cette faute grave, Bonosus se déclara empereur. Probus le battit, non sans peine, en ordonnant aux commandants des troupes de la région de lui ramener la tête de Bonosus. L'usurpateur s'enfuit à Cologne et se pendit. Les railleries rapportaient que c'était une outre qui était pendue et non un homme. Probus n'étendit pas sa vengeance sur sa famille et laissa la vie à ses deux fils, laissant aussi à sa veuve Hunila une pension viagère dont elle jouissait.

Les documents numismatiques de ces deux usurpateurs sont très rares. On connaît simplement trois monnaies de Bonosus et une seule monnaie de Proculus.


 Gravure extraite d'une article de J. de Witte dans la RN de 1859 reproduisant deux monnaies de Bonosus  (1-Coll. M. Oppermann. 2-Coll. J. de Witte)

Zosime et Zonare mentionnent une quatrième rébellion en Grande-Bretagne, sans en mentionner le nom du protagoniste, nous disant qu'il était commandant de l'île, ayant obtenu cet emploi par son ami Victorinus. Après sa révolte, Probus en fit reproche à Victorinus. Ce dernier quitta Probus sous prétexte de mécontentements, passa en Grande-Bretagne et alla ensuite rejoindre son ami, feignant de chercher asile auprès de lui. Il fut reçu à bras ouverts et profitant d'une faiblesse de la garde de l'usurpateur, il trouva l'occasion de l'assassiner pendant la nuit. Il retourna ensuite vers Probus.

C'est alors que la population d'Alexandrie proclama Saturninus empereur début 281 ap. J.C. Cet habile général d'origine gauloise (Maure selon Zosime), à qui Aurélien  avait confié la tâche de garder la frontière de l'Orient, s'était illustré dans les commandements militaires en Gaule, en Afrique et en Espagne et Probus l'appréciait beaucoup. Malgré cela, il prit la pourpre en Palestine, après s'être retiré d'Alexandrie pour échapper aux honneurs de la population.
Conscient que cet acte le condamnerait tôt ou tard, il dit en pleurant à ses soldats  :

"Je sais quels sont les dangers d'être à la première place !  Mais ici le cas est encore bien plus effrayant. En me déclarant le rival de Probus, dont je dois tenir à l'honneur d'être le lieutenant, aimé de tous et digne de l'être, je me précipite dans une mort inévitable. Si quelque chose me console c'est que je ne périrai pas seul.".

Probus eut voulu l'épargner mais les troupes d'Orient combattirent contre les révoltés et Saturnin fut obligé de s'enfermer dans le château d'Apamée dans lequel il fut égorgé. Après la défaite de cet usurpateur, l'Orient jouit d'une tranquillité rapportée par un dicton qu'on entendit dans tout l'empire : "on y entend pas même une souris bouger".

Après avoir réglé les problèmes extérieurs aux frontières et intérieurs avec les différents usurpateurs, Probus décida de rentrer à Rome en 281 ap. J.C. pour célébrer son triomphe.

dimanche 3 janvier 2010

C - La campagne militaire d'Orient de PROBUS (Eté 278-début 280 ap. J.C.)


Le nettoyage de la Gaule fini, de l'été 278 à l'année 279 ap.J.C., Probus se tourna vers la Rhéthie, l'Illyrie et la Moésie, où ressurgissaient les Alamans, les Burgondes, les Vandales, les Sarmates et les Goths.
Il passa donc par la Rhéthie rétablissant le calme troublé par les mêmes ennemis dont il venait de délivrer la Gaule. Il reprit en Illyrie presque sans combattre tout ce qui avaient été volé aux Romains et chassa les barbares hors du pays. Dès son arrivée en Thrace, il réduisit à l'obéissance les différents peuples de la nation des Goths.

Mais en Asie Mineure, les Isaures se montrèrent plus combatifs et firent plus de résistance. Sous Gallien, les Isaures étaient un peuple montagnard de brigands dont le chef, Trebellien  avait osé se proclamait empereur, ce qui lui valut de mourir. Mais la résistance à Rome restait intacte et indomptée depuis cette époque car les romains avaient été occupés sur d'autres fronts plus dangereux et plus pressants. De ce fait, les Isaures continuèrent à se comporter en voleur et pirates, sévissant dans toute la Pamphylie et la Lycie.

Probus ayant pacifié tout l'occident, voulut en allant s'occuper de l'Orient passer par cet endroit pour soumettre ou détruire ce peuple qui osait encore défier l'empire et ce depuis trop longtemps. Palfurius (selon Volpiscus ou Lydius selon Zosime), chef des Isaures, s'enferma avec ses troupes dans la ville de Cremna (qui signifie en grec précipice) en Pisidie. Cette cité était perchée en haut d'un rocher, si bien que Probus en ordonna le siège. Pour remédier au manque de nourriture, le chef des Isaures abattit des maisons et laboura le sol pour y planter du grain. Il fit sortir, hommes, femmes et enfants qu'ils considéraient comme des bouches  inutiles à nourrir gardant seulement les combattants les plus hardis. Il fit creuser un tunnel, passant sous le retranchement des romains, aboutissant dans la campagne et par ce passage secret, il envoyait des soldats prendre tout ce qu'ils trouvaient (blés et bestiaux) pour nourrir la garnison. Mais les romains découvrirent ce passage. Palfurius décida encore de ne garder que les hommes déterminés, tuant tous les autres et ne distribuant les vivres qu'a ceux qui servaient au combat. Un archer Isaure qui avait la réputation d'atteindre toujours son but manqua sa cible et fut fouetté si cruellement que par vengeance il passa du coté des romains et promit de tuer Palfurius la première fois qu'il le verrait. Connaissant ses habitudes d'observer le camp de Probus par une petite fenêtre dans la muraille, l'archer tira une flèche meurtrière lorsque Palfurius se présenta à cette ouverture. Les opposants se rendirent alors et Probus prit toutes les mesures pour purger la région de ces brigands, visitant toutes leurs forteresses. Déclarant qu'il est plus facile d'empêcher les brigands d'y rentrer que de les en arracher, il établit des vétérans de son armée en ces lieux pour pérenniser la sécurité de la région, ajoutant que les enfants seraient envoyés dans l'armée dès l'age de 18 ans, afin d'éviter qu'ils ne prissent la voie du brigandage. Malgré toutes ses dispositions, le pays se repeuplera de brigands, qui donneront du fil à retordre aux empereurs suivant.

Probus à cheval terrassant un ennemi

Après la soumission de toutes les régions de Pamphylie et autres provinces voisines de l'Isaurie, Probus marcha sur l'Orient à la fin de l'année 279, voulant assurer aussi les frontières contre les Perses car ce peuple avait fait quelques incursions en territoire romain. D'autre part, il voulait aussi soumettre les Blemmyes qui avaient répandu la terreur dans tout le Sud de l'Egypte et s'étaient emparé des villes de Coptos (en haute Egypte sur le Nil) et de Ptolémaïde. Ces deux cités furent reconquises, les levant ainsi de l'état de servitude où les tenaient les barbares ; Probus envoya les prisonniers à Rome. Cette victoire sur les Blemmyes eut tant d'éclat qu'elle augmenta la terreur des Perses jetée à l'approche de l'armée de Probus en Syrie. Le roi Bahram II (ou Vahram II, régnant depuis 275 ap. J.C.) envoya des ambassadeurs au devant de l'empereur pour lui demander la paix. Probus, mangeant assis dans l'herbe ordonna aux ambassadeurs, chargés de présents,  d'approcher et leur fit donner une lettre menaçante pour leur roi :

"Je suis surpris que sur les possessions qui dans la totalité vont devenir notre butin, vous ayez prétendu me faire une si petite part. Gardez donc toutes les choses auxquelles vous attachez tant de prix et attendant qu'il nous plaise de les posséder à notre tour. Car nous connaissons les voies pour nous en emparer quand nous le voudrons."

Bahram II eut tellement peur qu'il vint lui même négocier avec Probus un traité de paix dont nous ignorons les conditions. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y eut aucun combat. Probus venait d'achever en ce début d'année 280, la revue des frontières, comme l'avait fait Aurélien, exceptées celles d'Afrique ou rien ne sembla bouger.
Probus retourna alors en Thrace et il y établit 100 000 Bastarnes, peuple Scythique, resté fidèle aux romains. Mais il n'en fut pas de même pour certains sujets d'autres nations transplantés en différents lieux tels que les Gépides (Gédines), les Gruthunges (Goths), les Vandales et les Francs qui ne répondirent pas avec la même docilité aux intentions du Général empereur. L'ancienne Rome "latinisait" les régions conquises, Probus, lui "germanisait" les frontières ! Ces nations se révoltèrent, allant sur terre et sur mers alors que Probus était occupé avec les tyrans qui menaçaient son pouvoir. Mais il remporta sur eux un grand nombre de combats, qui incitèrent les autres à retourner dans leurs pays. A titre d'exemple de révolte, citons cette poignée de Francs qui avaient été transportés dans le Pont. Attachés à leur liberté, faisant preuve d'une audace incroyable, ils s'emparèrent de quelques barques et prirent la mer Egée, traversèrent le Bosphore, la Propontide, l'Hellespont et ravagèrent les côtes d' Asie et de Grèce. Arrivant alors en Sicile, ils pillèrent Syracuse mais échouèrent près de Carthage. Sans se décourager ils continuèrent leur route vers le Détroit, passèrent l'océan atteignant l'embouchure du Rhin et se réinstallèrent dans leur pays.
Même si la méthode de Probus ne put ramollir la dureté des barbares pour les faire vivre en paix sur les terres romaines, la terreur qui entourait le nom de l'empereur les contenaient et tranquillisait pour un temps les frontières de l'empire.

Lyon, 278 ap. J.C., 6ème émission, 1ère officine, RIC n°104, La félicité du temps

Mais des usurpateurs venaient de se déclarer à Cologne (Bonosius), à Lyon en Gaule (Proculus) et par la suite à Alexandrie (Saturninus)...

jeudi 31 décembre 2009

B - PROBUS délivre la Gaule des barbares Germains (Septembre 276 ap. J.C.-Eté 278 ap. J.C.)


La première tache de Probus devenu empereur (Septembre 276 ap. J.C.) est de revenir sur Rome pour obtenir la confirmation de sa nomination autrement que par un échange de lettre avec le Sénat: il tient aussi à s'assurer de la fidélité des légions anciennement sous le commandement de Florien et à régler le problème des invasions de la Gaule par les Francs au Nord et par les Alamans plus au Sud.
Il part du sud de la Turquie, récupère ses troupes en Syrie, passe le Bosphore (ou les Dardanelles) et s'arrête à Cyzique  durant tout l'hiver 276 ap. J.C., ville dans laquelle il est accueilli glorieusement. Il reprend le départ début 277 ap. J.C pour Serdica (où il arrive en Mars 277 ap. J.C.) et passe aussi à Siscia. Il atteint Rome vers Juin-juillet 277 ap. J.C. où  il est accueilli en héros.
Mais Probus tient aussi à venger la mort d' Aurélien et de Tacite. Zosime nous raconte (Histoire nouvelle, I, LXV, 2) que tous les criminels furent réunis, sous le prétexte d'un repas que l'empereur donnait chez lui. Au cours du repas, Probus se retira et à son signal, ses gardes les massacrèrent tous. L'un d'eux réussit à s'enfuir mais pour une courte durée car il fut rattrapé et brulé vif. Mais ce passage de son histoire me paraît trop exagéré pour un empereur aussi magnanime que Probus. Il pardonna aux partisans de Florien (Volpiscus, 13) les trouvant excusables de s'être ralliés au frère de leur empereur.

Après avoir rétabli la paix sur la frontière orientale de l'empire, Probus voulut s'occuper de la frontière occidentale sur le Rhin car les incursions en Gaule des barbares Germains (Francs, Burgondes, Vandales et autres nations germaniques) causaient la ruine de ces régions. Personne ne semblait devoir leur résister. Ainsi, ces peuples ne se contentaient pas de ravager les campagnes mais ils s'emparaient aussi des villes et semblaient vouloir s'installer à demeure dans le pays. Probus voulut mettre fin à ces espérances et partit avec ses troupes les combattre. Il passe les Alpes fin 277 ap. J.C. et installe son quartier général à Lyon ou il passera l'hiver.

Au Printemps 278 ap. J.C., il divise ses forces en deux: une partie part vers la Narbonaise et l'Espagne et l'empereur part avec l'autre contingent vers le Nord afin de repousser les Germains au delà du Rhin. Zosime nous rapporte dans les narrations des exploits  impériaux que trois batailles furent gagnées par lui-même et ses lieutenants: la première sur les Lygiens, la deuxième sur les Francs et la troisième sur les Burgondes et les Vandales près du Rhin. Volpiscus nous apprend aussi que l'empereur tua un grand nombre de barbares (près de 400 000 hommes) et libéra près de 70 villes qu'ils avaient envahies.
Rome, 281 ap.J.C., ( 6eme émission,1ere officine)

Probus passa le Rhin et les obligea à reculer encore au delà de l'Elbe, les chassant hors de la Gaule, depuis Mayence jusqu'au Jura Souabe (Histoire Auguste, Probus, XIII,7). Lors de cette avancée, il ramassa  un joli butin de guerre et tua encore un grand nombre de barbares, payant une pièce d'or chaque tête qu'on lui ramenait. L'Histoire Auguste nous rapporte que neuf rois résolurent à se soumettre en lui demandant la paix. Probus aurait souhaité désarmer ces peuples Germains si belliqueux mais les conditions étaient trop humiliantes et compliquées : faire de la Germanie une province romaine aurait nécessité de les contraindre par la force et laisser beaucoup trop de troupes d'occupation pour réduire à l'obéissance un pays si vaste. Il exigea alors que les barbares devraient rendre leur butin pris en Gaule, imposant une redevance annuelle et des dédommagements des frais de guerre sous forme de blé et de bestiaux. Enfin, il ordonna aux Germains de lui fournir 16 000 hommes parmi les plus braves et les plus jeunes,  pour servir l'armée romaine. Il prit grand soin de les séparer dans les différentes garnisons pour éviter toutes rebellions futures.

Aurélianus frappé à Lyon, 277-278 ap. J.C. (5ème émission, 3ème officine)

Probus écrit dans une lettre au Sénat :

"Messieurs,
Je rends grâce aux dieux immortels, de ce qu'ils ont confirmé par l'événement le jugement que vous avez porté de moi. La Gaule est délivrée, la Germanie subjuguée. Neuf rois sont venus se prosterner à mes pieds ou plutôt aux vôtres. Ordonnez donc de solennelles actions de grâces aux dieux. (...). Nous n'avons laissé aux Barbares vaincus que le sol de leurs terres : tout ce qu'ils possédaient est maintenant à nous. Les campagnes de la Gaule sont labourées par des bœufs Germains : leurs troupeaux servent à notre nourriture leurs haras nous fournissent des chevaux pour la remonte de notre cavalerie, nos greniers sont pleins de leurs blés."

Il établit des camps le long de la frontière romaine et y laisse de valeureux guerriers, leur assignant des terres, des maisons, des greniers et des provisions de toutes sortes afin qu'ils ne manque de rien et puissent intervenir rapidement en cas de soulèvements. Si par la suite il devait y avoir à nouveau des rebellions, barbares, elles ne pourraient  pas s'étendre avec l'ampleur qu'elles avaient atteintes auparavant.

Les prisonniers de guerre furent envoyé en Grande-Bretagne. Cette expédition assez rapide occupa Probus seulement une année après laquelle la Gaule connut la paix: Les cités gauloises firent tresser des couronnes d'or et les offrirent à l'empereur en reconnaissance de ses actions. Probus souhaita qu'elles furent envoyées au Sénat pour y être consacrées à Jupiter et aux autres dieux et déesses. La Gaule libérée, il redescend vers le Sud, repasse les Alpes et arrive en vainqueur à Ticinum en été 278 ap.J.C.


dimanche 27 décembre 2009

A - Début de la carrière militaire de PROBUS (19 Août 232-Septembre 276 ap. J.C)


Probus (Marcvs Aurelivs Probvs) est né le 19 Août 232 ap. J.C. à Sirmium, la capitale de la Pannonie (Serbie) à la fin du règne d'Alexandre Sévère. La famille originaire de cette même cité, fait partie de la plèbe. On sait que sa naissance est plus illustre du côté de sa mère que du côté paternel. Son père, Maximus, originaire de Dalmatie, était un "centurion" selon les écrits d'Aurélius Victor (Les Césars : Probvs, XXXVII) qui, s'étant acquitté honorablement de cet emploi, passa au grade de tribun. Il mourut en Egypte. D'autres sources rapportent qu'il était simple agriculteur. Rien dans les écrits anciens ne nous renseigne sur son mariage car les faits historiques rapportés par les écrivains antiques sur cette période sont presque inexistants.

Aurélianus de Probvs, Rome, 278 ap. J.C. (3ème émission, 6ème officine)

Probus, sans doute fils d'officier, embrassa la carrière militaire et s'y distingua par la pureté de ses mœurs, par la droiture de son caractère, autant que par sa bravoure :

  • Sous Valérien Ier, son courage exceptionnel au combat le fait remarquer par l'empereur comme un jeune combattant valeureux et méritant. Valérien le fait nommer "tribun" à 22 ans, passant sa faveur au dessus des lois d'Hadrien comme le signale cette lettre de Valérien tirée des archives impériales : 
"D'après l'opinion que j'ai toujours eue du jeune Probus et le témoignage des citoyens les plus honorables, qui l'appellent l'homme de son nom, je l'ai nommé tribun, contrairement à la constitution du divin Hadrien, et je lui ai confié six cohortes de Sarrasins, les auxiliaires gaulois et la troupe de Perses que nous a amenée le Syrien Artabassès."

Il reçut les dons militaires, couronnes, hausse-cols, bracelets et eut l'honneur de la couronne civique, ayant délivré des Quades, Valérius Flaccus, parent de l'empereur. Il le plaça à la tête de la IIIème légion pour le récompenser de sa bravoure. Probus se fit la réputation de plus vaillant officier de l'armée romaine, montant le premier sur les murs des villes assiégées, arrachant et forçant les retranchements des camps ennemis, tuant de sa main dans les batailles tous ceux qui osèrent se mesurer à lui ; l'histoire cite (Vopiscius, Prob 9) un certain Aradion en Afrique, homme de courage contre lequel Probus se battit et sortit vainqueur. Il dressa  alors un beau monument pour honorer la valeur de celui qu'il venait de tuer.
      • Sous Gallien, il prend part aux campagnes contre les Germains et les Sarmates. Il mène en Afrique des expéditions contre les Marmarites (Lybie) et contre les brigands qui infestent les environs de Carthage. Il commande alors la IIIème légion Felix et la IIIème légion Italica. Son rôle de commandeur militaire s'étoffe.
      • Sous Claude II le Gothique, il fut estimé et l'empereur employa Probus pour ses valeurs militaires. Vopiscius écrit même qu'ils étaient parents.
      • Sous Aurélien, il obtient le commandement de la Xème légion Germina, prouvant que son action militaire fut appréciée et reconnue. Il fut chargé par Aurélien de reconquérir l'Egypte en battant les lieutenants de Zénobie, pendant que l'empereur poussait lui-même la guerre en Orient contre la reine. 
      Une lettre d'Aurelien confiant la Xème légion à Probus nous montre toute l'estime que l'empereur avait pour lui :

      "Aurélien Auguste à Probus. Afin que vous sachiez à quel point je vous estime, recevez le commandement de la Xème légion que Claude m'avait donné à gouverner. Ce corps est heureux : il semble que sa prérogative singulière soit de n'avoir pour commandant que de futurs Empereurs."

      On rapporte qu'il était aimé de ses troupes, apaisant souvent les redoutables colères d'Aurélien à leurs égard, visitant chaque compagnie pour se rendre compte de l'état de leurs habits ou de leurs chaussures. Non seulement équitable, il était généreux envers ses soldats, leurs abandonnant les butins de guerre précieux, ne gardant que les armes. Il fallut que ses soldats insistent pour qu'il accepta un cheval d'une grande robustesse pris aux Alains, qui semblait être bâti pour faire de long trajet ; Probus rétorqua "qu'un pareil cheval convenait mieux à un fuyard qu'à un brave". Mais devant tant d'insistance, il finit par accepter la monture digne d'un chef. Jamais il ne laissa oisifs ses soldats, lorsqu'ils n'étaient pas en guerre, les assujettissant à des travaux publics continuels, disant "qu'il ne fallait pas leur faire manger gratuitement le pain que l'empire leurs donnait.
      • Sous Tacite, empereur après la disparition brutale d'Aurélien, Probus est nommé commandant en chef (général) de l'armée d' Orient. Lorsque Tacite meurt à Tyane (juin ou juillet 276) où il combattait les Goths en Asie mineure, les soldats  de Probus qui lui sont entièrement dévoués, reconnaissent en lui ces qualités de commandant et lui confèrent le rôle ultime du pouvoir en l'acclamant empereur à la même date.
      Probus ne se prêta qu'avec répugnance à l'ardeur des troupes pour son élévation. Ecrivant à Capiton, son préfet du prétoire : 

      "Je n'ai jamais désiré l'empire et je ne l'ai reçu que malgré moi. Il faut que je soutienne le rôle que les troupes m'ont imposé."

      Mais le Sénat avait ratifié Florien, le frère de Tacite, s'étant arrogé le pouvoir sous prétexte d'hérédité. Le fait que deux princes furent élus créa une rupture dans l'empire : Rome et l'occident reconnurent Florien et Probus avait pour lui la Syrie, l'Égypte et les provinces voisines. Une courte guerre civile s'engagea : Florien avança jusqu'à Tarse en Cilicie, laissant la cause publique avec le combat des Goths, pour marcher contre son adversaire. Probus vient à sa rencontre sans se hâter de livrer bataille, sachant bien que les troupes européennes de Florien ne pourraient pas endurer les chaleurs du climat. Il eut raison car, en effet, la maladie et la chaleur furent les causes de l'affaiblissement des troupes de son concurrent. Lorsqu'ils tentèrent le combat, les troupes se détachèrent de Florien et finirent par l'assassiner en Septembre 276 ap. J.C. En se soumettant ils laissaient ainsi les rennes du pouvoir entre les mains de Probus.

      N'ayant plus de concurrent  et se voyant reconnu par l'armée de Florien comme par la sienne, Probvs écrivit une lettre au Sénat pour obtenir sa confirmation :

      "Messieurs, rien n'est plus conforme, à l'ordre, que ce qui se passa l'année dernière, lorsque votre clémence donna un chef à l'univers, le choisissant dans votre compagnie, qui est elle-même chef du monde entier, qui l'a été dans vos prédécesseurs, et le sera dans votre postérité. Plût aux dieux que Florien eût voulu attendre votre décision, et qu'il ne se fût pas arrogé l'empire comme par droit de succession ! Soit que votre majesté l'eût nommé, ou qu'elle en eût nommé un autre, votre jugement aurait été une loi pour nous. Mais dans la nécessité de résister à un usurpateur, mon armée m'a déféré le nom d'Auguste ; et même les plus sages d'entre les soldats ont puni son usurpation par la mort. C'est à vous à juger si je suis digne de l'empire, et je vous prie d'en ordonner tout ce que votre clémence jugera plus convenable."

      Suite à cette lecture au Sénat, Manlius Statianus, premier opinant, prit la parole, et dans un discours élogieux il demanda aux dieux que Probus gouvernât la République comme il l'avait servie. On lui donna les noms de César et Auguste, le commandement proconsulaire, le titre de Père de la Patrie, le souverain Pontificat, le droit de proposer dans le Sénat trois matières différentes de délibération et la Puissance Tribunitienne. Probus laissa au Sénat l'administration pleine et absolue du civil et ne prit que le commandement militaire.

      Probus fut le meilleur homme de guerre de son temps apprécié de tous. Il réussira dans ses entreprises militaires à mettre un coup d'arrêt aux invasions barbares mais au prix d'une discipline de fer dans ses armées.


       Florien, portrait de l'atelier de Rome.