MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

CARTE DE SITUATION DES  ATELIERS MONETAIRES  SOUS PROBUS
Affichage des articles dont le libellé est Descriptions des bustes monétaires de Probus. Afficher tous les articles
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dimanche 13 février 2011

La couronne radiée : symbole solaire et marque de valeur.



La couronne radiée, qui coiffe la tête des bustes de Probus sur les auréliani est l'attribut permanent dont la signification évolua au fil du temps et des réformes monétaires successives sous l'empire romain. Voici l'histoire de cette corona radiata pleine de signification et de symboles :

Représentation de la couronne radiée sur les bustes monétaires :

La représentation monétaire de la couronne radiée nous montre une couronne composée d'un support sur lequel sont fixés des rayons triangulaires, de longueurs différentes. Cette coiffe se termine en arrière par un nœud et deux rubans. Emblématique de Sol, elle a pour origine les représentations d'Helios (en Grèce) issues de la période grecque classique et des interprétations multiples que l'on trouve sur les monnaies de la période hellénistique, comme par exemple sur celles de Rhodes. Par la suite le monnayage romain de la période Républicaine s'inspirera de ces monnaies pour représenter Sol. Il est à noter que la couronne radiée des représentations du dieu solaire ne comporte pas de nœud, ni de rubans derrière la tête comme celles que l'on trouve sur les bustes impériaux. Représentative de l'éternité sur les bustes des empereurs morts et divinisés ou symbole du pouvoir de Sol sur les empereurs vivants, la couronne radiée des empereurs romains s'inspire de la couronne des diadoques, habile combinaison d'un bandeau, attribut du pouvoir royal avec un ajout de rayons lui donnant un caractère divin.
Posée sur les casques militaires à partir du règne de Gallien, la couronne radiée semble souvent trop grande pour laisser une place convenable aux scalptores  pour qu'ils puissent graver les rubans de la couronne distinctement de la queue du cimier.

Denier de la République romaine : CLAUDIA (42 av. J.-C.) et As de Tibère représentant auguste divinisé (34-37 ap. J.-C.) RIC n°83.

Histoire et évolution du rôle de la couronne radiée au fil des réformes monétaires :

L'influence de Sol sur les empereurs se manifeste donc assez tôt à Rome : César reçoit le droit de porter la couronne radiée pour le théâtre tandis qu'Auguste ne la portera jamais dans son monnayage. Elle reparaît pourtant sous le règne de Tibère (15 ap. J.-C.) en l'honneur d'Auguste divinisé (Divus Augustus) sur les bustes des as et des dupondii . Dès lors, la couronne radiée parfois associée au foudre et à une étoile devient le symbole de l'éternité pour les empereurs morts et divinisés.
Caligula sera le premier empereur vivant à être représenté avec la corona radiata.
Lors de la réforme monétaire de Néron (64 ap. J.-C.) coïncidant avec le decenium de son règne et le cinquantième anniversaire de la déification d'Auguste, les bustes radiés vont se généraliser dans le monnayage romain. Il est à noter que l'égide apparaît en même temps, associée ou non avec la couronne radiée. Cette réforme monétaire d'ordre métrologique donne aussi l'occasion à Néron d'affirmer la nature divine de sa personne sur les monnaies. Modifiant sa coiffure pour rappeler celle d'Alexandre le Grand, il ajoute la couronne radiée du dieu solaire et l'égide de Jupiter, transférant ainsi les pouvoirs divins à l'empereur.
La réforme monétaire de Caracalla innove avec la création de l'antoninien, donnant à ce symbole solaire le rôle d'une marque de valeur (correspondant à deux deniers) sans exception, contrairement aux dupondii et aux as des règnes précédents. De même, la couronne radiée de certaines monnaies d'or de Caracalla marque aussi la valeur de deux aurei (binios) que l'on continuera à émettre sous divers règnes jusqu'à Constantin Ier. La couronne radiée sur les bustes monétaires de cette époque est employée abondamment dans le monnayage et témoigne du développement et de la place prépondérante qu'occupe le culte solaire dans la religion d'état sous le règne des Sévères. On trouve un croissant lunaire sous les bustes des impératrices en parallèle des rayons solaires sur la tête des empereurs.
La réforme monétaire de Trajan Dèce utilise la couronne radiée pour différencier les doubles sesterces de bronze, le poids du module correspondant  à deux sesterces. Mais cette monnaie sera reprise par Postume sans pour autant  respecter  le poids officiel, conséquence de nombreuses imitations, aboutissant à l'abandon des émissions de monnaies officielles en bronze.
La réforme monétaire d'Aurélien, reprend pour l'aurélianus la couronne radiée des bustes de l'antoninien de Caracalla. Le taux d'argent est alors fixe à 5 % et le culte de Sol,  repris par Aurélien à son retour triomphal d'Antioche, connaît un nouvel essor, érigeant à Rome un temple à Sol Invictus. Probus continuera à développer le culte solaire durant son règne au cours duquel le soleil occupera le rang suprême dans la hiérarchie divine. Au début du règne de Carus, certains auréliani destinés à un donativum présentent des bustes à double couronne radiée, composée d'une couronne inférieure à rayons courts et d'une autre couronne supérieure à rayons dépassant la chevelure. Ces auréliani ont un taux d'argent doublé par rapport aux autres.

Couronne radiée avec et sans casque

Empruntée à la divinité dominante de la religion romaine, la couronne radiée devient l'attribut impérial récurent des empereurs du IIIème siècle. En siégeant sur la tête impériale, elle lui confère le pouvoir et la protection divine tout au long de son règne.

mercredi 11 août 2010

Particularités stylistiques des bustes de PROBUS dans les différents ateliers monétaires.



Les Scalptores des différents ateliers émettant des monnaies sous le règne de Probus ont plus ou moins d'originalité, de création et de maîtrise de leur art. A cette époque, il existait pas moins de huit ateliers destinés à la production monétaire pour Probus. Par conséquent, les graveurs ont fait preuve d'originalité et d'idées novatrices dans la gravure des types mais aussi des bustes monétaires. Les graveurs de coins, d'origine et de formations différentes ont retranscrit au mieux le portrait de leur empereur, quelquefois dans l'urgence historique et souvent en l'absence de sources iconographiques, s'inspirant parfois de la physionomie de l'empereur précédent. De fait, il n'est pas rare de trouver dans les premières émissions monétaires de Probus des portraits de transition ressemblant fortement à celui de son prédécesseur Florien.

Outre le fait que le portrait évolue selon la période de frappe au sein d'un même atelier, il se dégage quand même quelques critères de style spécifiques à chacun. En effet, lorsque l'on étudie le monnayage de Probus, on constate, en dehors des marques de revers permettant d'identifier la provenance de la frappe, que certaines constantes stylistiques peuvent aider à reconnaître  l'atelier  d'émission  simplement par l'observation de la nature du buste d'avers. A titre d'exemple, comparons le même buste de droit (buste A de la classification de P. Bastien)  pour les huit ateliers de gravures différents, l'atelier d'Alexandrie étant mis à l'écart dans cette étude car ses émissions si particulières de Tétradrachmes sont facilement identifiables et ne peuvent se comparer avec la gravure des Auréliani.


1 - Le style de l'atelier de TRIPOLIS :


Aurélianus produit par l'équipe 1 de l'atelier de Tripolis

Les monnaies issues de cet atelier ne représentent qu'une part infime du monnayage  de Probus avec seulement deux émissions. La circulation monétaire en fut très limitée, voire locale, l'atelier étant ouvert en 273 ap. J.-C. dans l'idée que son existence ne serait que provisoire. Cet atelier, dans lequel deux équipes travaillent conjointement, fonctionne en complète synergie avec l'atelier d'Antioche, émettant des types similaires. Il est attesté que certains graveurs d'Antioche furent transférés à Tripolis lors de son ouverture pour travailler dans ce nouvel atelier. Par conséquent, les monnaies comportent des ressemblances stylistiques flagrantes. La deuxième équipe de l'atelier signe ses monnaies par l'addition d'un globule à la fin des légendes de revers.
Le style de l'atelier de Tripolis se caractérise par un traitement géométrique de la chevelure de Probus par petites incisions, par une arcade sourcilière proéminente et une couronne radiée qui semble trop grande, finissant dans le vide à la partie postérieure de la tête, les rubans étant éloignés de la nuque. On note une différence du nombre de rayons sur la couronne radiée entre l'atelier de Tripolis et celui d'Antioche : en effet, la couronne gravée à Tripolis comporte quatre rayons centraux entre les deux des extrémités tandis que celle d'Antioche n'en compte que trois. Le drapé du paludamentum est ample et aérien.
La graphie des lettres composant la titulature montre que les lettres sont gravées plus en superficie et les caractères sont souvent plus larges que hauts. Notons que les jambes qui composent  la lettre M sont reliées entre elles contrairement au M des monnaies d'Antioche ressemblant à un V entre deux I ( IVI ). Les lettres C semblent plus ouvertes et les S semblent plus grands que les autres caractères.

2 - Le style de l'atelier d'ANTIOCHE :


Portrait typique de l'atelier avec le nez légèrement busqué

En première intention, les émissions Syriennes sont destinées, comme la production de Tripolis, à alimenter le paiement de la solde des troupes engagées dans les combats régionaux. L'atelier ne compte que deux émissions comme pour Tripolis, correspondant aux périodes de présence militaire  sur le territoire. L'atelier d'Antioche frappe pour Probus dans la continuité des types employés pour Tacite, cet atelier n'ayant pas produit de monnaie pour Florien. Le style de gravure sera reproduit avec quelques différences à l'atelier de Tripolis non par influence stylistique mais par le transfert d'ouvriers-graveurs d'un atelier à l'autre.
Le style de l'atelier d'Antioche se caractérise par un profil impérial massif, rude, sur lequel on remarque qu'il n'existe pas de zone intermédiaire entre le front et le nez. En effet, la ligne dessinant le profil est quasiment droite, ne marquant presque pas la différence de volume entre les deux parties du visage. Le cou est légèrement plus massif et rectangulaire que ceux rencontrés sur les bustes de Tripolis, plus étroits à leurs bases. Comme nous l'avons déjà vu, la couronne solaire ne compte que trois rayons centraux entre les deux des extrémités. Les rubans semblent aussi plus près de la nuque et le paludamentum plus ajusté.
La graphie nous révèle que la gravure des lettres est plus profonde et le jambage bien plus large que celui de Tripolis. les M ne sont pas liés (IVI) et la taille des caractères est aussi haute que large. Le S semble aussi plus grand que les autres lettres.


3 - Le style de l'atelier de CYZIQUE :


Portrait de type A longiligne

L'atelier de Cyzique a émis des monnaies par intermittence. Comptant cinq officines à ses débuts, elle termine sa production dans sept officines à la fin du règne de Probus. Les scalptores de Cyzique sont de très bons ouvriers nous ayant laissé des portraits d'une facture incomparable. Certains furent déplacés à Siscia.
Le style de l'atelier de Cyzique se caractérise par une  gravure de la chevelure soignée. Le cou est long, l'arcade sourcilière fine et la pommette de la joue saillante. La tête et le buste occupent moins de place sur le champ de la monnaie que dans les autres ateliers, donnant cette impression d'un empereur longiligne. Il n'en est pas de même pour les monnaies avec un portrait militaire pour lesquelles le buste et la tête sont beaucoup plus massifs. La finesse du trait permet d'obtenir une frappe élégante.
La graphie nous révèle que la lettre O de la titulature est bien ronde et de taille plus petite que les autres caractères. Cette particularité notable est propre à l'atelier de Cyzique depuis les frappes monétaires d' Aurélien. On note sur certains auréliani que la lettre V n'est pas fermée en bas. La gravure des lettres est tout aussi soignée que celle du buste.


4 - Le style de l'atelier de SERDICA : 


Buste de Serdica

L'atelier de Serdica ouvre ses portes sous le règne d'Aurélien durant l'été 271 ap. J.-C. Il accueille les scalptores en exil de l'atelier de Rome qui vient d'être fermé. Serdica produira pour Probus cinq émissions frappées dans quatre officines à ses débuts, puis trois et deux seulement pour la dernière. Les graveurs de l'atelier romain arrivent à Serdica avec leur expérience déjà acquise depuis de nombreuses années dans l'atelier central et apportent une gravure soignée et de grande qualité à la production monétaire de Serdica.
Le style des graveurs de Serdica est assez particulier et nous offre des portraits expressifs mais assez figés. La tête est de taille moyenne et le nez est fin, de forme angulaire avec une arrête bien marquée. Le paludamentum est représenté jusqu'à la racine des épaules avec un drapé près du corps. Sur certains aureliani les bustes sont plus longilignes et rappellent le style de l'atelier de Rome.
La graphie  atteste le transfert des graveurs de l'atelier central car les lettres A, V, M et N de la titulature ne sont pas fermées à leurs extrémités, une particularité que l'on retrouve à l'identique dans les émissions antérieures de l'atelier de Rome. L'emploi sans différence de gravure de la lettre G avec la lettre C est aussi observée sur ces auréliani. En effet, le mot AVG semble être écrit AVC à la fin de la titulature.



5 - Le style de l'atelier de SISCIA :



Visage avec menton proéminent

Crée par Gallien en 265-266, cet atelier pannonien fut très productif et novateur pour le monnayage de Probus, offrant une grande variété de combinaisons de titulatures, de bustes impériaux et militaires. Probus y séjourna à plusieurs reprises, servant de point de ralliement des armées entre l'orient et l'occident. Sa ville natale (Sirmium) en était proche. L'étude des coins permet de constater que certains graveurs issus de l'atelier de Cyzique et de Serdica sont arrivés avec l'armée de Probus et ont contribué au fonctionnement de l'atelier pendant les années de présence de l'empereur dans la ville. De fait, certaines similitudes de gravure avec ces ateliers se retrouvent dans ces émissions de Siscia.
Le style de portrait  de l'atelier de Siscia est caractéristique et peu ressemblant à Probus dans les premières émissions. Il reprend un visage de transition avec les traits de Florien. Mais l'image sera vite corrigée dès l'année 277 ap. J.-C. par l'arrivée de l'empereur et de ses graveurs. Le menton est épais et large, presque prognathe, la barbe fournie et l'oreille bien dessinée. La gravure est plus ronde et les reliefs moins angulaires que dans les autres ateliers.
La graphie offre des caractères de petite taille, plus large que haut et finement gravés. Le V est souvent ouvert à sa partie inférieure.



6 - Le style de l'atelier de TICINUM :


Buste de Ticinum

L'atelier de Ticinum (actuelle Pavie) produit une grande quantité d'auréliani frappés dans six officines simultanément. Il est un transfuge de l'atelier de Milan à Ticinum pour des raisons politiques (Milan étant trop proche du camp militaire des Equites, dont le commandant pourrait devenir usurpateur) et pratiques (Ticinum propose des voies navigables utiles pour le transport des métaux).
Le style des graveurs de l'atelier de Ticinum offre des bustes de qualité, finement gravés, élancés et d'une grande variété. La tête souvent de petite taille, avec un regard précis, une pommette saillante, un long cou comme sur les monnaies d' Aurélien pour les émissions de Milan avant la réforme. La chevelure est traitée finement par des incisions de petite taille et ses limites bien marquées.
La graphie nous montre une titulature bien proportionnée et des lettres régulières et épaisses, gravées profondément remplissant bien le contour du champ de la monnaie. Aussi larges que hautes, elles sont bien différenciées et séparées d'un espace convenable. On distingue bien la différence entre le C et le G contrairement à d'autres ateliers et les M sont liés.




7 - Le style de l'atelier de LYON :


Portrait de Lyon de style angulaire

L'atelier Lyonnais reprend du service avec sa réouverture par Aurélien en 274 ap. J.-C. Mais la ville est bientôt soumise à des attaques germaniques. Probus passe par Lyon avant d'aller combattre sur le limes du Rhin. Lyon connaîtra un soulèvement populaire mené par l'usurpateur Proculus, un riche propriétaire, terrien, aidé d'une armée d'esclaves. Mais Probus écrasera la rébellion en 280 ap. J.-C. L'atelier frappera  neuf émissions sous Probus reparties dans quatre officines.
Le style de l'atelier de Lyon présente une gravure vigoureuse et profonde. Reconnaissable de part la composition du flan, surement de nature plus ferreuse que dans les autres ateliers, (des dépôts rougeâtres sont fréquents sur ces auréliani) les monnaies Lyonnaises présentent des portraits de Probus ressemblant à Florien durant les premières émissions. La gravure du visage sera plus proche de la vérité lorsque les scalptores auront l'occasion de prendre sur le vif les traits caractéristiques de Probus, fin  277 ap. J.-C., lorsque celui-ci installe son quartier général dans la ville avant d'aller affronter les Alamans. Le visage nous offre un sourcil discret, un nez fin, un menton fuyant et un traitement de la barbe et de la chevelure faite par des incisions épaisses.
La graphie présente une titulature composée de grandes lettres épaisses, aussi larges que hautes et d'une grande régularité. L'insertion dans la titulature de globules dont le rôle n'est pas encore défini clairement est une caractéristique propre à l'atelier de Lyon, permettant sans se tromper d'affirmer la provenance d'une monnaie au premier coup d'œil. L'hypothèse expliquant la présence de ces globules pourraît être que cet atelier aurait récupéré des graveurs de l'atelier de Cologne à sa fermeture en 272 ap. J.-C.


8 - Le style de l'atelier de ROME :


Portrait avant la réduction de 280 ap. J.-C.

L'atelier central est l'un des plus productif dans le monnayage de Probus, frappant dans sept officines simultanément. Fermé en 271 ap. J.-C. par Aurélien, il rouvre en 273 ap. J.-C. Sa qualité de gravure est incomparable avec les autres ateliers et donne à voir une multitude de détails enrichissants sur les attributs vestimentaires de l'empereur.
Le style de l'atelier de Rome est particulier et facilement reconnaissable. La tête est petite, avec une pommette saillante, un nez dont les ailes sont bien relevées et un cou fin et assez long. Le diamètre du flan se réduit  lors de la cinquième émission de 280 ap. J.-C. et entraine par conséquent une réduction de la taille des bustes et des titulatures plus courtes.
La graphie offre une grande taille des lettres qui composent la titulature et  le corps des caractères est assez épais. La titulature est généralement courte dans cet atelier. Le M et le N ouverts à une époque plus ancienne sont maintenant bien fermés. Par contre le V reste souvent ouvert comme sur les monnaies de Siscia.


La liste des critères de différentiation des styles de gravure des ateliers dressée ici n'est pas exhaustive et n'a pour but que de dégager quelques observations permettant de reconnaître l'atelier de frappe pour un même type de buste de droit. Il est clair qu'avec le ballet incessant des transferts de scalptores et des fermetures et réouvertures d'ateliers, certaines caractéristiques stylistiques ne sont valables que pour une période bien précise.


dimanche 7 février 2010

Classification de P. Bastien des Bustes monétaires des Auréliani de Probus



Voici la classification de tous les bustes monétaires que l'on peut rencontrer sur les auréliani de Probus. Cette classification très pratique faite par Pierre Bastien permet de les différencier clairement et sert unanimement aux numismates du monde entier pour décrire les monnaies.





O   = Buste nu radié à droite. 

A   = Buste radié à droite avec cuirasse et paludamentum vu de 3/4 en avant.
A1 = Buste radié à gauche avec cuirasse et paludamentum vu de 3/4 en avant.
A2 = Buste radié à droite avec cuirasse et paludamentum vu de 3/4 en arrière.
A5 = Buste à droite avec double couronne radiée, cuirasse et paludamentum, vu de 3/4 en avant. 

B   = Buste radié à droite avec cuirasse.
B1 = Buste radié à gauche avec cuirasse.
B2 = Buste radié à droite, avec cuirasse et bouclier sur l'épaule droite.
B3 = Buste radié à gauche, avec cuirasse et bouclier sur l'épaule gauche.
B4 = Buste radié à droite avec cuirasse vu de 3/4 en arrière.

C   = Buste à droite avec cuirasse et casque radié.
C4 = Buste à gauche avec cuirasse et casque radié, vu de 3/4 en arrière.

D   = Buste à droite avec cuirasse, sceptre sur l'épaule gauche et casque radié.
D2 = Buste à gauche avec cuirasse, sceptre sur l'épaule droite et casque radié.
D4 = Buste à droite avec cuirasse et casque radié, levant la main droite et tenant un globe nicéphore de la main gauche.

E   = Buste à gauche avec cuirasse, casque radié, sceptre sur l'épaule droite et bouclier sur l'épaule gauche.
E1 = Buste à gauche avec cuirasse, casque radié, haste sur l'épaule droite et bouclier sur l'épaule gauche.
E2 = Buste à gauche avec cuirasse, casque radié, haste et bouclier en avant,vu de 3/4 en arrière.
E6 = Buste à gauche, avec casque radié, cuirasse ou cuirasse et paludamentum, tenant une tête de cheval par la bride de la main droite, bouclier sur l'épaule gauche, haste ou sceptre sur l'épaule droite ou gauche.

F   = Buste radié à gauche avec cuirasse, sceptre sur l'épaule droite et bouclier sur l'épaule gauche.
F1 = Buste radié à gauche avec cuirasse, haste sur l'épaule droite et bouclier sur l'épaule gauche.
F2 = Buste radié à droite avec cuirasse et paludamentum et sceptre sur l'épaule gauche.
F4 = Buste radié à gauche avec cuirasse et paludamentum et sceptre sur l'épaule gauche.
F5 = Buste radié à gauche avec cuirasse ou cuirasse et paludamentum et sceptre ou haste sur l'épaule droite.
F6 = Buste radié à droite avec cuirasse, haste sur l'épaule droite et bouclier sur l'épaule gauche.
F8 = Buste radié à gauche avec haste et bouclier en avant, vu de 3/4 en arrière (en nudité héroïque ou avec cuirasse et paludamentum).
F9 = Buste radié à droite avec cuirasse et sceptre sur l'épaule gauche.
F10 = Buste radié à droite avec cuirasse, levant  la main droite et tenant un globe nicéphore dans la main gauche.
F11 = Buste radié à gauche avec cuirasse, tenant un sceptre de la main gauche et un globe de la main droite.
F19 = Buste radié à gauche en nudité héroïque, vu de 3/4 en arrière, avec ou sans égide sur l'épaule gauche et une haste pointée en avant.

H   = Buste consulaire radié à gauche.
H1 = Buste consulaire radié à gauche, avec un globe.
H2 = Buste consulaire radié à gauche, avec un sceptre (scipio).
H3 = Buste consulaire radié à gauche, main droite levée.
H4 = Buste consulaire radié à droite, avec un sceptre (scipio).
H6 = Buste consulaire radié à gauche, avec un globe nicéphore.
H7 = Buste consulaire radié à droite.

M1 = Buste radié à droite avec cuirasse, accolé à un buste à tête nue avec cuirasse.
M2 = Buste radié à droite avec cuirasse, accolé à une tête radiée.
M3 = Buste radié à droite avec cuirasse, accolé à un buste radié avec cuirasse.


dimanche 10 janvier 2010

8 - Répertoire iconographique des décorations de boucliers sur les bustes militaires des auréliani de PROBUS.



En ce dernier quart du IIIème siècle, les faiblesses politiques de l’empire romain ont engendré une situation instable. Les empereurs successifs régnant sur l’ager romanus, construit comme un véritable puzzle, résultat de rattachements successifs de territoires résolus à l’unité romaine, connaissent depuis le début du siècle d’énormes difficultés à installer durablement une cohésion territoriale et une paix sociale tant espérée par la population. Un climat d’insécurité, sans cesse entretenu par les incartades des peuples barbares aux différentes frontières, entrave la prospérité économique d’un empire trop étendu pour rester stable sans être soumis à une surveillance accrue de ses limes.
  Bouclier atypique sur lequel les globules sont remplacés par des pointes.

Au mois de septembre 276 ap. J.-C., Marcus Aurelius Probus est déclaré empereur par ses propres troupes. Issu de la lignée des empereurs militaires illyriens, il s’emploiera avec succès tout au long de son règne à poursuivre l’œuvre de sécurisation de l’empire commencée depuis Aurélien. Combattant les Goths en Pannonie, repoussant les Francs et les Alamans en dehors des provinces gauloises, il fortifiera la ligne de défense du Rhin. Vainqueur des Vandales et des Burgondes sur le fleuve Lech, les repoussant au delà du Danube, il enchainera avec autant de détermination les campagnes de Pannonie, Mésie et Thrace au cours desquelles il vaincra les Sarmates et les Gètes. Mettant fin au brigandage en Isaurie et en Pamphilie, Probus  repoussera aussi les attaques des Blemmyes en Egypte. Cette succession de campagnes militaires victorieuses démontrent  l’extrême détermination de cet empereur à installer la paix durablement sur tout le territoire romain.
L’aurélianus, né de la reforme monétaire d’Aurélien en 274 ap. J.-C connait alors une libération des types de bustes dits « exceptionnels » jusqu’alors presque exclusivement réservés au monnayage d’or des empereurs précédents. Probus utilisera largement le support monétaire et le transformera en un véritable outil de propagande politique destiné à rallier habilement la population à sa juste cause et par la même tentera de motiver son armée engagée à ses côtés dans les différentes batailles contre l’envahisseur. Destinés à payer la solde des troupes et à être utilisés par la population subissant depuis de trop nombreuses années les conséquences des invasions barbares, les graveurs  mettent en avant la virtus militaire de leur empereur, commandant en chef des armées, non seulement sur le revers mais aussi sur le droit des auréliani. Les bustes « militaires » présentant Probus radié, cuirassé, casqué, portant une haste sur l’épaule et un bouclier, souvent accompagnés d’une titulature emphatique, occupent une place considérable dans le monnayage de la période. C’est ainsi que les scalptores des différents ateliers monétaires portent le message politique dans le détail jusqu'à orner les boucliers des bustes militaires avec des motifs allégoriques, mythologiques ou des scènes militaires rappelant les qualités pugnaces de l’empereur.
Le bouclier apparaît tardivement sur les bustes monétaires impériaux : Septime Sévère semble le premier empereur à être représenté avec cet attribut. Sa représentation sur les bustes monétaires restera singulière jusqu'aux règnes de Valérien et de Gallien pendant lesquels ils connaissent une utilisation plus régulière. Le casque se rajoute alors à une haste ou un sceptre. La couronne radiée, différenciant l'antoninien des autres modules, s’empilera sur le casque. Le bouclier tel qu’il est représenté sur les monnaies ne semble pas être uniquement une arme défensive mais parait être un bouclier de parade, porté par l’empereur lors des cérémonies de triomphe ou d’adventus,  symbolisant de fait sa valeur et son rang militaire. Ces bustes militaires témoignent d’une réelle évolution du statut de l’empereur romain. Il ne  commande plus ses troupes à distance, confortablement installé dans les fastes de son palais romain, mais il s’engage sur le terrain des opérations militaires, dirigeant son armée au cœur des conflits.
Cette étude de l'iconographie des détails ornant les boucliers des bustes militaires des  auréliani de Probus permet de percevoir une volonté accrue d’affirmer la domination impériale sur l’ensemble du monde romain. Tous ateliers confondus, les motifs à la gloire de l'empereur, scènes militaires, inscriptions votives, représentations mythologiques ou formes géométriques pures, font l'objet ici d'une étude complète répertoriant toutes les variantes d’ornementations, de forme et de position des boucliers rencontrés dans l’ensemble du monnayage de billon de Probus.
Nous ne considérons pas dans cet article les bustes héroïques portant l’aegis, attribut trop souvent confondu avec un bouclier. L’égide, peau de chèvre sacrée directement sanglée sur la poitrine de Probus, n’est pas un bouclier proprement dit mais plutôt un symbole de la protection divine.

Les différentes formes du bouclier :

Le bouclier le plus fréquemment représenté sur les bustes du monnayage de Probus est de forme ovoïde, avec ou sans bordure décorée.  Il n'est reproduit en général que par la moitié de sa surface totale, couvrant généralement l’épaule gauche de l’empereur. Il offre ainsi aux graveurs la liberté d’y insérer un motif d’ornementation bien visible au premier plan. Sur d’autres auréliani, on peut rencontrer des boucliers  circulaires de grand format tenus en position antérieure. Cette forme circulaire rappelle le bouclier argien, décrit par les auteurs grecs, mais pourrait être aussi emprunté à la culture étrusque. De plus petits boucliers circulaires font allusion au clipeus, appelé aussi le parma, portés par les chevaliers et les troupes légères de l'armée romaine.

Petit bouclier de forme circulaire, seul type représenté en entier.

Les différentes positions du bouclier :

Le type le plus fréquemment utilisé montre la face externe du bouclier, tenu alors par la main gauche sur les bustes à gauche (l'inverse sur de rares bustes à droite), masquant l'épaule, le plus souvent associé à une lance posée sur l’épaule droite. Quelquefois, un grand bouclier circulaire est projeté en avant, modifiant la position de l’empereur et conférant à ce type de  buste un caractère plus offensif. Sur de rares types de bustes militaires, nous pouvons voir la face interne du bouclier, laissant quelquefois apparaître la main tenant la poignée ou encore des rivets sur le pourtour.

Bouclier projeté en avant vu en face externe, orné de globules.


Les différents ornements de bouclier :

  Bouclier à 10 globules

1- Les boucliers ornés de globules :
 
Ces motifs géométriques constituent le  type le plus couramment rencontré sur les boucliers des bustes de Probus. Il semble évident que ces globules sont le résultat de simplifications successives d'un type similaire sur lequel l'iconographie est plus évidente à interpréter : cet autre type associé présente clairement des rangées de soldats portant des boucliers stationnés en formation militaire. Pour différencier  les variantes de boucliers à globules, il paraît plus judicieux de compter le nombre de globules présents sur la partie basse du bouclier, c'est-à-dire la partie la plus large de la représentation. Nous pouvons ainsi comptabiliser sur les différents exemplaires rencontrés de quatre à treize globules alignés. Le cas particulier du bouclier à un seul globule central, quelquefois bordé de deux lignes parallèles, ornées d'une rangée de points, est à considérer comme une représentation de l'umbo, bosse médiane et saillante fixée sur la face externe de cet attribut.


Rangées de soldats avec boucliers

 2- Les boucliers avec motifs géométriques :
    • Les boucliers avec une rosace : ce type est beaucoup plus rare dans le monnayage de Probus. Il représente une rosace offrant quatre formes ovales et très allongées, centrée sur un globule. Plus ou moins agrémenté de motifs (étoiles, points, guirlandes), il est difficile d'interpréter ce type de bouclier dont l’ornement semble avoir un rôle purement esthétique. Pierre Bastien émet l'hypothèse dans son ouvrage sur les bustes monétaires que cet ornement particulier séparant en quatre parties égales la face externe du bouclier, pourrait symboliser les quatre éléments de l'univers. Ces éléments se rencontrent symbolisés par ailleurs par les chevaux du quadrige de Sol, divinité majeure de l’empereur.

    Rosace séparant le bouclier en quatre
    •  Les boucliers avec décorations linéaires : assez rares, ces traits et ces points constituent à mon sens un ornement géométrique purement décoratif d’un bouclier de parade, tournant autour d'un globule central.
       
      Lignes et points décoratifs

      3- Les boucliers avec scènes militaires à la gloire de l'empereur :

      Le bouclier devient ici un élément narratif de la vie militaire de l’empereur auprès de ses soldats, mettant en avant son courage et son sens du commandement militaire. Nous différencions dans cette catégorie deux scènes militaires récurrentes du monnayage :
      •  L’Adventvs : cet ornement de bouclier met en scène l'empereur à cheval se dirigeant vers la droite, tenant une lance et passant devant une ou plusieurs rangées de soldats. Les personnages du premier plan sont quelquefois simplifiés et représentés sous forme de globules. Nous pouvons penser qu'il s'agit d'une scène de triomphe de l'empereur après un combat victorieux, passant ses troupes en revue ou bien encore une référence à un adventvs à la suite d'une campagne militaire.
       Scène de l'empereur passant devant des soldats simplifiés sous forme de globules.
      • La Virtvs : une scénographie nous montre un cavalier terrassant de sa longue lance un ennemi allongé. Il s'agit encore d’une représentation de l'empereur au combat sur son cheval. Cette iconographie glorieuse nous narrant les exploits militaires de Probus est également employée sur le revers de certaines monnaies, accompagnée de la légende VIRTVS PROBI AVG, mettant en avant les qualités militaires de l’empereur. D’autres monnaies présentent une scène de combat militaire encore jamais décrite sur lesquelles nous distinguons au premier plan des soldats, armés de lances et de boucliers ovoïdes, avançant en ligne pour aller affronter un autre groupe de combattants, situé en haut du bouclier. Cette scène souligne l'ardeur au combat de l'armée  romaine menée par son empereur, chef militaire juste et habile tacticien.
      Scène atypique de combat entre soldats

      4- Les boucliers avec représentations mythologiques  :
        
      Par ce thème d’ornement, l’empereur et son armée se mettent sous protection divine. 
      • La gorgone (ou gorgonéïon) : certains bustes de Probus nous offrent un bouclier orné d'une tête de gorgone en son centre, plus ou moins décoré sur le pourtour. L'apparition du gorgonéïon sur les cuirasses des bustes monétaires comme sur les boucliers semble avoir la même valeur que celle de l'égide,  emblème du pouvoir universel transmis par Jupiter. Pierre Bastien pense qu’à partir de l'époque de Gallien, le gorgonéïon, attribut d'Apollon, est aussi lié au pouvoir de Sol et pourrait donc avoir ici un rapport direct avec la divinité tutélaire de Probus.

        Tête de gorgone centrée sur le bouclier

        • Pégase : cette autre figure mythologique présente sur les boucliers de Probus, vole à droite. Divers motifs décoratifs peuvent encercler Pégase. Sa présence pourrait être une allusion aux chevaliers dont le corps, crée par Gallien, fut commandé par Probus (Equitius Probus). La virtvs impériale est alors encore une fois exprimée par l'intermédiaire de cette évocation de la cavalerie.

           Bouclier orné de Pégase volant à droite


          5- Les boucliers votifs avec inscription "VOTIS X ET XX" :

          Nous ne connaissons qu’un seul type de bouclier avec l'inscription VOTIS X ET XX. Un autre exemplaire nous présente Probus radié mais non casqué. Ce buste avec bouclier particulier fut sans doute émis à l’occasion de la célébration des dixièmes et vingtièmes vœux de l'empereur, glorifiant ainsi ses qualités militaires.

          Bouclier votif
           
          6- Les boucliers avec couronne de laurier :

          un autre type fort rare, traduisant la puissance souveraine de cet empereur militaire, connu qu'à seulement deux exemplaires, présente une couronne de laurier pointée par un globule central.



          Les boucliers des bustes monétaires de Probus deviennent le siège de représentations diverses, parfois divines, voire cosmiques tendant à exprimer la  virtvs militaire de l'empereur et de son armée afin de l’inscrire dans l’inconscient du peuple romain. Ces motifs trop souvent négligés dans les descriptions des auréliani sont pourtant des indicateurs essentiels de la propagande impériale et du génie des graveurs  des divers ateliers de la période.

          jeudi 31 décembre 2009

          3 - L'égide sur les bustes en nudité héroique de PROBUS


          L'égide (Aegis), dont le sens premier signifie "peau de chèvre", devient un attribut impérial par assimilation avec la peau de la chèvre Amalthée, qui avait allaité Jupiter dans son enfance. Ce dernier s'en servit comme d'une arme dans la guerre contre les Titans. Cette peau est souvent bordée de serpent et devient tour à tour une arme offensive et défensive. On retrouve l'égide sur les représentations de Minerve comme un long manteau, lui couvrant la poitrine et tombant derrière le dos jusqu'au genoux. Mais les sculpteurs grecs la transforment en une petite cuirasse élégante, couverte d'écailles imitant une armure et décorée en son centre d'une tête de gorgone. Plus tard, on employa le même mot pour désigner la cuirasse ordinaire portée par les empereurs romains quand elle était décorée sur le plastron d'une tête de méduse.

                 Ticinum, 276 ap. J.C., inédit RIC n°435 var

          On observe quelquefois sur les Aureliani de Probvs des bustes portant l'égide. En effet, la représentation de l'égide avec un Gorgonéion (tête de gorgone) en son centre se généralise à partir du règne de Gallien. Cette tête représentée sur les cuirasses des bustes monétaires semble elle aussi acquérir la même valeur que l'égide, emblème de pouvoir universel, transmis à l'empereur par Jupiter. L'attribut de Jupiter devient un insigne de la puissance souveraine. Il est à noter que contrairement à toutes les autres représentations de bouclier qui sont de forme circulaire (clipeus), la représentation de l'égide se caractérise par  une forme presque rectangulaire, sanglée à l'épaule droite, recouvrant  le torse nu et  l'épaule gauche.

            Ticinum, 277 ap. J.C., RIC n°351

          Ce type d'égide sur les bustes monétaires est noté "Moyenne égide de type B" dans la classification de P. Bastien : Cette représentation s'inspire des camées d'Auguste (cf photo ci-dessous), s'inspirant eux aussi des pierres gravées hellénistiques. Les scalpatores des empereurs Illyriens ont donc suivi une tradition dans la représentation de l'égide remontant à la période hellénistique qui s'était implanté à Rome dès le début de l'empire.

          Camée Strozzi représentant Auguste avec l'égide (British Museum)

          Traduire Aegis par bouclier, c'est introduire une idée tout à fait éloignée du sens originel du mot. Car toutes  les représentations qui portent cette égide sur la poitrine dans les œuvres de l'art antique sont aussi munies d'un bouclier bien distinct. Les passages dans les textes antiques où on suppose qu'il est fait allusion à une arme défensive de la nature du bouclier se rapporte en fait au long manteau de peau de chèvre qui était ramené sur le bras gauche : recouvrant le bras, il protégeait alors comme un bouclier.

          lundi 28 décembre 2009

          2 - Les manteaux consulaires sur les bustes de PROBUS



           Bustes consulaires de Probvs : le premier en Toga palmata et le deuxieme en Toga Picta

          Il semble utile de donner quelques précisions sur le manteau porté par l'empereur Probus sur les bustes dit "consulaires". Beaucoup de descriptions de monnaies font appel à des termes multiples, pas souvent employés à bon escient, pour qualifier ce manteau : Trabea, Paludamentum, Toga, Vestis.
          Le manteau consulaire dérive de la robe triomphale des généraux républicains vainqueurs, elle-même héritage des rois de Rome et des rois Étrusques. Il devient vite un privilège impérial et en dehors de l'empereur, seul les consuls entrant en fonction et les magistrats présidant les jeux eurent le droit de le porter. Primitivement ces vêtements étaient conservés dans le temple de Jupiter Capitolin où le triomphateur venait s'en revêtir avant la cérémonie.
          Il semble plus exact de parler de Toga Palmata ou Vestis Palmata ornée d'un Limbus Palmata dans le cas précis où le manteau porte une bande ornée de motifs représentant des palmes et de Toga Picta quand le motif brodé est d'une autre nature. La Toga palmata qui apparaît fréquemment dans la littérature antique exprime l'importance des bandes palmées qui ornaient la toge consulaire et résulte probablement d'une fusion des deux expressions classiques.

          Voici quelques définitions trouvées dans le dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines:
          • Trabea selon Daremberg-Saglio : elle est une sorte de toge que l'on compare à la Lanea. Au début portée par les rois (insigne royal), elle est ensuite réservée aux consuls quand ils ouvraient les portes du temple de Janus, aux prêtres Saliens dans la danse des armes, aux chevaliers dans diverses cérémonies. Le port de la Trabea persiste jusque sous le bas-empire. Peut-être ce vêtement se confond-il avec la Vestis Palmata ou Picta. La trabea est orné de bandes : trois sortes de trabées ; celles destinées aux Dieux, entièrement pourpres, celle des rois, pourpre avec une partie blanche, et celle des augures en pourpre et safran.
          • Paludamentum selon Daremberg-Saglio : manteau militaire du Général, insigne du commandement des troupes et du pouvoir suprême. Porté par les empereurs, commandeurs des armées, il est de couleur pourpre.
          • Toga Picta et Palmata selon Daremberg-Saglio : la toge est l'habit distinctif du citoyen romain. La toga picta d'après certaines traditions aurait été introduite à Rome par les Etrusques. il semble qu'elle remonte à un vêtement royal primitif (du genre de cette toga regia undulata que Varron vit dans le temple de la fortune et qu'on disait avoir appartenu à Servius Tullius). C'était une toge brodée, réservée sous la République aux triomphateurs, mais elle ne leurs appartenait pas ; on la gardait dans les trésors de Jupiter Capitolin d'où on ne la tirait que pour les triomphes ou pour en revêtir certains magistrats à l'occasion de cérémonies exceptionnelles. Auguste en fit son costume officiel et la plupart des empereurs jusqu'au IVème siècle. La toga palmata caractérisait primitivement la tunique triomphale que l'on revêtait toujours en même temps que la toga Picta. Les deux épithètes désignaient donc apparemment deux sortes d'ornementation. Palmata Picta des petits motifs d'ornementation (cercles, points, croix, étoiles) brodés ou découpés dans des feuilles d'or.

                  Détail d'un buste consulaire avec la Toga Palmata.

          Dans le cas précis de Probus, ce manteau est presque toujours associé à un attribut, sorte de sceptre court surmonté d'un aigle que l'on appelle "Scipio". Ce sceptre était tenu par le général victorieux lors du cortège triomphal. Il survivra sous l'empire dans le processus consularis et sera fréquemment représenté sur les bustes monétaire à Trabea.