MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

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dimanche 28 novembre 2010

Métrologie comparative des différents modules du système monétaire sous PROBUS.


Comme nous l'avons déjà vu dans un précédent article, l'aurélianus devient l'unité monétaire centrale du nouveau système réformé par Aurélien depuis 274 ap. J.-C. De même sous Probus et jusqu'au règne de Dioclétien qui réformera à son tour le système, il  reste basé sur le trimétallisme or/argent/bronze inspiré de celui de Caracalla. Ces frappes répondent aux exigences imposées par le nouveau système monétaire d'Aurélien ayant pour rôle de redonner à l'empire un semblant de stabilité économique. Des modules en or, billon et bronze furent frappés de façon très irrégulière dans les ateliers et plus particulièrement à Rome. Ceci atteste l'existence et l'utilisation complète du système monétaire mais ces valeurs ne furent pas usuelles. Souvent considérés comme des monnaies de célébration, distribuées lors de donativa, de cérémonies d'adventus ou de triomphe dans les villes concernées, ces monnaies sont les plus rares du monnayage. Il est fort possible aussi que la rareté des aurei de Probus tient du fait qu'ils furent refondus pour répondre aux besoins  des ateliers afin de réemployer le métal précieux pour les émissions d'or du IVème siècle.



                  Aureus de Siscia, 279 apr. J.-C., 6ème émission. (NAC Auction n°25, 25 Juin 2003)


 I/ Les émissions d'or

Le Binio : 
Contrairement aux aurei, ces monnaies présentent des bustes radiés. Ces multiples sont taillés au 1/36ème à 1/40ème de la livre romaine (en prenant comme valeur celle de L.Naville soit 322,56g la livre) et présentent un poids moyen de 8,06g.  Certains auteurs les désignent quelquefois par l'expression "aureus lourd". Ces monnaies furent frappées lors du passage de l'empereur dans les villes émettrices, destinées aux donativa lors des largesses impériales. Les frappes sont très soignées et les revers originaux et nous laissant de véritables œuvres d'art. On connait aussi un Quinio d'or (5 aurei), avec un portrait accolé de l'empereur et d' Hercule, sans doute offert comme récompense militaire lors d'une célébration.

L'aureus : 
Au cours du règne de Probus, le poids de l'aureus est légèrement variable selon les ateliers émetteurs et la période de frappe concernée mais on peut constater qu'il obéissent quand-même à la loi de stabilité pondérale instituée par la réforme d'Aurélien. Ces monnaies, d'effigie laurée, sont généralement des modules taillés au 1/50ème (IL) de livre romaine soit d'un poids moyen de 6,45 g. L'aureus est presque composées uniquement d'or pur, affichant un titre d'or fin à l'analyse supérieur à 96 % (soit une monnaie de 23 à 23,5 carats). Sa composition est probablement la conséquence du réemploi du métal par refonte des aurei des périodes antérieures. 

Le quinaire d'or :
Sous-multiple émis en parallèle, il est taillé au 2/5ème du poids de l'aureus (2,58 g en moyenne).  On constate que ce module  particulier est souvent frappées par les même coins que les "quinaires de bronze" (du moins pour ce qui concerne le revers) ce qui atteste qu'il fut  aussi destiné aux donativa des cérémonies de célébrations. On en connait deux exemplaires de l'atelier de Rome émis lors du triomphe de Probus  dans la ville en 281 ap. J.-C. 



Quinaire de billon de Ticinum, 278 apr. J.-C., 4ème émission (Lanz Auktion n°123, 30 Mai 2005)


II/ Les émissions exceptionnelles de billon argenté

Le denier :
Ce divisionnaire est taillé au 1/124ème de la livre romaine et présente un rapport de poids de 2/3 avec l'aurélianus, soit 2,60g en moyenne. Son diamètre est de 16 mm et sa composition révèle qu'il ne contient que 2% d'argent fin. La frappe de ce module fut beaucoup moins abondante sous Probus par rapport au nombre important de deniers émis pour Aurélien et Séverine. Certains sont frappés avec des coins d'aurei et son émission se raréfie sous le règne de Tacite pour devenir qu'anecdotique sous Probus.

Le quinaire de billon :
Ce module encore plus petit est taillé au 1/189ème de la livre romaine  soit un poids moyen de 1,71 g pour 13 mm de diamètre. Sa composition métallique est variable qualitativement selon les émissions (le taux d'argent fin peut varier sensiblement de 3 à 20%). Les émissions de ce module, plus abondantes et nombreuses que celles du denier, semblent toujours liées à des évènements donnant lieu à des largesses impériales. On l'appelle aussi communément "quinaire de bronze" par commodité afin de le distinguer des quinaires d'or. Il présente des types de revers rassurants pour la population.


Médaillon de bronze de Rome, 281 apr.. J.-C. (NAC, Auction 51, 5 Mars 2009, lot n°402)



 III/ Les émissions de bronze

Les ateliers de Ticinum, Rome et Siscia sont les seuls à avoir émis des monnaies de bronze. Il existe beaucoup de confusion dans les différentes appellations pour déterminer ces  modules de bronze. J.-P. Callu comme S. Estiot distinguent seulement trois modules : l'as, le dupondius et le sesterce, le médaillon ne faisant pas partie intégrante du système monétaire mais considéré comme une émission liée à un évènement grandiose. P. Bastien parle de sesterce, double sesterce et même triple sesterce.  Dans une récente étude sur les émissions de Rome du trésor de la Vénéra, J. Guillemain ne distingue seulement que deux modules de bronze : l'as, (rassemblant l'as et le sesterce dans la même catégorie) et les médaillons.

L'as (ou semis) :
Il présente un diamètre de 19-20 mm légèrement plus petit que les as émis sous Aurélien (23-26 mm) et fut frappé en petite quantité. Son poids varie légèrement selon les types mais pèse en moyenne 6,96 g. Ce module pourrait avoir été frappé dans les même ateliers que ceux utilisés pour la production des auréliani.

                         As ou semis de Rome, 2e émission, 277 apr. J.-C, RIC n°304. Poids : 5,03g, Diam : 20,57mm. (Coll. privée)

Le dupondius : 
C'est le double sesterce décrit par P. Bastien. Il a la seule particularité d'avoir un buste radié  au droit et présente sensiblement les même caractéristiques de taille et de poids que l'as.

Le sesterce :
Il se différencie de l'as par sa légère différence de diamètre et de poids. J.Guillemain fait remarquer que si l'on mesure le diamètre interne du grènetis, la surface de frappe est souvent égale à celle de l'as. Seul le diamètre du flan semble changer, c'est pourquoi, il ventile ces modules soit dans la catégorie des as, soit dans celle des médaillons selon le diamètre interne de la frappe.

Le médaillon :
Émis lors de célébrations grandioses dans l'Urbs, tel que la première visite de Probus à Rome en 277 ap. J.-C. ou son triomphe de 281 ap. J.-C., ces médaillons semblent avoir été produit dans l'atelier de Rome.  K. Pink en attribuait quelques uns à l'atelier de Siscia ou de Lyon suivant des considérations d'ordre stylistiques et épigraphiques. Mais ils sont de nos jours réattribués à Rome. Il semble évident que la technique monétaire déployée dans l'atelier central semble être une des rares adaptée pour émettre de tels modules exceptionnels. On attribue pourtant un médaillon à l'atelier de Ticinum en 277 ap. J.-C., montrant une allégorie de Probus après sa victoire sur les Goths.
Un médaillon  mesure entre 29 mm et 35 mm de diamètre, parfois plus petit. Avec un poids moyen  de 37,56 g, ces modules peuvent parfois atteindre 65 g. Glorifiant  la virtus légendaire de l'empereur, ils présentent au droit des bustes exceptionnels (F*), consulaires et parfois accolés avec une divinité. Généralement en bronze, certains médaillons sont bimétalliques, comportant un centre de cuivre cerclé d'orichalque, d'autres sont argentés.

Nous pouvons conclure que ces monnaies ne sont pas courantes dans le monnayage de Probus et n'ont certainement pas eu un rôle influent dans l'économie romaine car la masse monétaire de production de ces modules atypiques semble peu abondante. Simplement destinées aux fastes des célébrations impériales et aux récompenses militaires, elles furent sans doute thésaurisées par les romains sans trop intervenir dans la circulation monétaire.

samedi 16 octobre 2010

De l'antoninien de Caracalla vers l'aurélianus de Probus : métrologie générale.



Antoninien de Caracalla, 215 ap. J.-C. (RIC n°273d)


L'aurélianus instauré par la réforme monétaire d'Aurélien en 274 ap. J.-C. est le fruit d'une lente inflation de la monnaie romaine qui s'est accélérée entre 250 et 270 ap. J.-C, résultat de la dégradation de l'ancien l'antoninien.  Dès lors, ce module restera stable jusqu'au règne de  Dioclétien. En effet, l'antoninien fut crée en 215 ap. J.-C. par Caracalla et avait une valeur fiduciaire de deux deniers. Ce nouveau module présentant une effigie radiée au droit est en billon (de même nature que le denier de l'époque), c'est à dire que sa composition  contient 50% d'argent et 50 % de cuivre. La baisse du titre d'argent s'était déjà amorcée depuis Pertinax en 193 ap. J.-C. et ne fait que chuter jusqu'à l'intervention d'Aurélien. Cet effondrement du titre de l'argent dans les monnaies romaines pourrait être une conséquence directe de l'augmentation de la masse monétaire produite pour pallier l'inflation combinée avec l'épuisement de l'exploitation des mines d'argent d'Espagne. L'antoninien est taillé au 1/64ème de la livre romaine, ce qui lui confère un poids d'environ 5,07g. Le système monétaire ayant changé, les équivalences entres les modules se voient de fait modifiées : 1 Aureus = 25 Antoniniens = 50 Deniers = 200 Sesterces = 400 Dupondius = 800 As.

Mais l'inflation s'installe dans l'empire et va dénaturer lentement ce module tout au long du IIIème siècle. Les empereurs successifs essaieront en vain de maintenir la stabilité du système monétaire romain. L'état est en faillite et l'économie est au point mort. La crise économique s'accompagne d'une grave crise politique avec la sécession de l'empire gaulois. La frappe des monnaies de bronze (sesterce, dupondius et as) décline lentement pour quasiment disparaitre sous le règne de Gallien.  L'antoninien ne pèse alors plus que 2,90 g et ne contient que 2% d'argent fin. La frappe et les émissions sont moins soignées et reflètent la lente dégradation économique qui gangrène l'empire depuis quelques temps. Même les émissions d'or se dégradent entre 250 et 270 ap. J.-C. pour revenir à une plus grande qualité au moment de la réforme (l'aureus étant taillé au 1/50ème de livre). De même, la qualité du métal utilisé pour frapper les antoniniens est tellement basse qu'on les recouvre d'une fine pellicule d'argent afin de masquer les piètres caractéristiques du métal.

Aurélien va restaurer l'antoninien au début de l'année 274 ap. J.-C. Il réforme ce module en lui donnant une frappe plus soignée, plus ferme et une stabilité dans sa composition métallique. Cet Aurélianus, qui tire son nom de celui de l'empereur réformateur, a des critères de qualité destinés à maintenir la stabilité de sa valeur fiduciaire.  L'aurélianus est alors taillé au 1/84ème de la livre romaine selon P. Bastien (1/80ème de livre selon l'étude de S. Estiot) et pèse environ 3,84g (4,05g pour S. Estiot). Les ouvriers produisaient 84 auréliani  dans 327,45g de billon correspondant à une livre romaine. Sa composition a maintenant un taux de 5% d'argent fin (4,5% pour S. Estiot). La monnaie est saucée, c'est à dire que les flans de cuivre étaient trempés à chaud dans un bain d'argent qui laissait  en surface une fine pellicule argentée.  Sa valeur fiduciaire équivaut  dès lors à 4 deniers (soit 20 sesterces) et devient la nouvelle unité monétaire, l'aureus et le denier n'étant plus frappés et usités que pour les Donativa, pour le trésor impérial ou destinés à récompenser les valeureux officiers de l'armée romaine.  L'aurélianus porte au revers la marque de la réforme monétaire d' Aurélien attestant le fait qu'ils ont été frappés après ce changement (XXI, XX.I, XX ou KA, marque qui  noterait le nombre de sesterces équivalent à la nouvelle unité). D'autres interprétations de cette marque expliquent qu'elle indique le ratio d'argent (5%, soit 1/20ème de son poids total)  contenu dans la nouvelle monnaie. Cette nouvelle monnaie de billon argenté constitue l'unité de base du nouveau système monétaire, comme ont pu l'être le denier et l'antoninien auparavant, dont la marque lui attribue un cours surévalué.  L'aurelianus ne subira plus de modification notable ni de poids, ni de titre de fin et restera donc stable tout au long du règne de Probus et ce jusqu'à la réforme de Dioclétien. Les équivalences  monétaires du nouveau système sont stables et fait de l'aurélianus l'unité la plus usitée du système :  1 Aurélianus = 4 Deniers = 20 Sesterces. Il est possible que cette réforme monétaire fut entreprise en vue d'une réorganisation plus vaste de l'ensemble des structures fiscales et financières de l'état.


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Mais si on étudie le poids des auréliani de Probus sur une même émission, on s'aperçoit qu'il existe quand même des différences de poids importantes entre les nombreuses monnaies étudiées. Même en admettant un taux d'usure de plus ou moins 2% du poids théorique du module, on arrive à des écarts pondéraux importants entre le poids réel de certaines monnaies et le poids théorique qui devrait être stable par définition. Certains aureliani lourds peuvent ainsi dépasser 6 g et d'autres de poids léger atteignent difficilement 3 g. La fourchette moyenne de poids observés dans la composition d'un trésor se situe  généralement entre 3,70 g à 3,88 g tous ateliers de frappe confondus. Ceci est le résultat du à ce que les contraintes du respect du poids ne s'appliquaient pas sur l'unité monétaire au sens strict mais sur le poids total des monnaies que l'on tirait dans une livre de métal. Les ouvriers devaient ainsi simplement frapper 84 auréliani (ou 80 selon S. Estiot) dans une livre sans pour autant avoir une égalité exacte de poids entre les différentes monnaies frappées dans le lot. C'est pour cette raison que les écarts de poids rencontrés entre les monnaies sont notables sur une même émission et pour un même type. Toutefois, on note une légère baisse du poids entre le début  et le milieu du règne de Probus  pour remonter en fin de règne.

Monnaies de Probus argentées.

Le diamètre de l'aurélianus quant à lui paraît à peu près stable durant le règne de Probus (20 millimètres en moyenne), conséquence d'une standardisation de la production des flans. L'exception se fait pour l'atelier de Rome pour lequel on note  une réduction d'un millimètre en moyenne du diamètre des auréliani à partir de 280 ap. J.-C. (soit 19 mm selon l'étude du trésor de La Vénéra de J. Guillemain), sans doute le résultat d'une évolution dans la méthode de préparation des flans ou dans la technique de frappe. Mais cette réduction de diamètre n'engendre pas de réduction pondérale du module : la conséquence en sera une réduction de la taille de l'effigie et un raccourcissement de la longueur des légendes et de l'épigraphie de revers des monnaies par manque de place.

Afin de pallier la dégradation économique et l'inflation galopante des prix, l'augmentation de la masse monétaire, semblant être une conséquence directe des invasions barbares, n'influera pas  sur la qualité de la production de l'aurélianus durant toute la durée du règne de Probus. 


Aurélianus de Probus 279 ap. J.-C.RIC n°616