MARCVS AVRELIVS PROBVS, Empereur Romain de Juin/Juillet 276 ap. J.-C. à Septembre 282 ap. J.-C.


"Tous ceux qui ont parlé de lui ont pris soin d'observer qu'il possédait éminemment dans ses mœurs la probité qu'exprime son nom." Abbé Crevier
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Bienvenue à tous les passionnés de monnaies romaines et à tous les novices en numismatique.
Ce blog est destiné à faire découvrir les monnaies romaines de l'empereur PROBUS et permettra d'en connaitre le monnayage dans son ensemble. Au fil des articles, vous y découvrirez les monnaies de ma collection pour lesquelles les commentaires vous éclaireront sur leur iconographie mais aussi retraceront l'histoire passionnante de cet empereur militaire. La publication de monnaies inédites complètera ce travail.
Bonne lecture à tous.

PROBUS COINS

Welcome to all lovers of Roman coins and all numismatic novices. This Blog will explore Emperor PROBUS's Roman coins and understand its currency. Through articles, you'll find these coins in my collection and their reviews will tell you about their iconography, as well as the fascinating history of this military emperor. The publication of unpublished coins will complete this work. Happy reading.

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CARTE DE SITUATION DES ATELIERS MONETAIRES SOUS PROBUS

CARTE DE SITUATION DES  ATELIERS MONETAIRES  SOUS PROBUS

dimanche 14 novembre 2010

La Félicité de Siscia déclinée en trois variantes dans "l'Invictus-série". (277 ap. J.-C.)





Description :
 
 Siscia, 277 ap. J.-C., 2ème émission, 1ère officine.

Avers : IMP PROBVS INV AVG, (l'empereur Probus auguste invaincu). Buste de Probus radié, drapé et cuirassé à droite (Buste Bastien : A2).

Revers : FELICITAS AVG // A // XXI, (La félicité de l'auguste). La félicité debout à gauche, tenant une patère de la main  droite  au-dessus d'un autel allumé et une corne d'abondance de la main gauche.

Poids : 3,74g - Diamètre : 22 mm - Axe: 12h00 - Références : RIC n° 679 


Commentaires :


La légende IMP PROBVS INV AVG  de cette monnaie signe  l'Invictus-série de la deuxième émission de Siscia décrite par K. Pink dans son article "Der Aufbau der Römischen Münzpragung in der Kaiserzeit" de 1949. En effet, cette série spéciale se caractérise par l'ajout dans la titulature de l'adjectif INVICTVS sous différentes abréviations : INV comme sur cet aurélianus mais aussi  INVICT. Qualifié d'invincible l'empereur est porté au même rang que le dieu Solaire dont le culte officiel fut introduit par Aurélien quelques années auparavant (Sol invictus). Cette émission trouve sa justification dans le fait que Probus arrive à Siscia en 277 ap. J.-C, accueilli par une fête d'adventus somptueuse à la hauteur des victoires militaires qu'il vient de remporter. On émet en même temps des monnaies d'or à cette occasion, considérant cet empereur comme un enfant du pays, sa ville natale Sirmium étant toute proche. On constate que la qualité de gravure s'améliore dés lors que Probus arrive dans la ville,  étant sans doute la conséquence du travail des graveurs pris dans les ateliers de Cyzique et Serdica, venus avec le cortège impérial. Cette particularité de titulature de l'Invictus-série est présente sur quatre types monétaires, repris du monnayage de Florien  : CONCORD MILIT, FELICITAS AVG, SECVRITAS SAECVLI et PROVIDE AVG.

Le type de revers présentant  l'allégorie de la félicité, symbole de la richesse inépuisable,  est décliné  en trois variantes iconographiques différentes pour la même légende FELICITAS AVG.

 De gauche à droite les variantes a, b et c.

La variante a  montre la félicité debout à gauche tenant un caducée de la main droite et une corne d'abondance de la main gauche.
La variante b, comme sur cet aurélianus présente la félicité debout à gauche tenant une patère de la main droite au-dessus d'un autel allumé et une corne d'abondance de la main gauche. 
La variante c  montre la félicité debout à gauche tenant une patère de la main droite au dessus d'un autel allumé et  un caducée de la main gauche.

Cette deuxième émission se caractérise par la frappe des monnaies dans six officines que l'on différencie par les lettres A, B, Γ, Δ, ε, ζ notées dans le champ,  associées à  la marque de la réforme d'Aurélien XXI à l'exergue. 

 Détail du revers

dimanche 7 novembre 2010

La santé publique veille à Ticinum sur la quiétude de la population romaine (279 ap. J.-C.)





Description :

Ticinum, 279 ap. J.-C., 6ème émission, 3ème officine. 

Avers : IMP C PROBVS P F AVG, (L’empereur César Probus pieux et heureux Auguste). Buste de Probus à droite,  radié et cuirassé, vu de 3/4 avant. (Buste Bastien : B)

Revers : SALVS PVBLIC // Γ, (La santé publique). Salus drapée debout à droite nourrissant un serpent de la main gauche.

Poids : 3,95 g - Diamètre : 21 mm - Axe : 6h00 - Référence : RIC n°567


Commentaires :


Cette monnaie est émise à Ticinum en 279 ap. J.-C., un an après le passage de Probus dans la ville (été 278 ap. J.-C.), lorsque Probus poursuit ses guerres contre les Burgondes et les Vandales en Rhétie et refoule les Sarmates en Illyricum. A partir de la fin de l'année 278 et toute l'année 279 ap. J.-C., il restera  cantonné à Siscia.

A l'origine, Salus est une divinité romaine  inspirée d'une idée abstraite se voyant finalement personnifiée dans la religion romaine. Elle est représentée sous les traits d'Hygie nourrissant un serpent, symbole chtonien, attribut d'Esculape, fils médecin d'Apollon. 
L'iconographie des monnaies romaines nous présente, quelquefois dans la même émission,  les deux aspects connexes de cette divinité, variant de sens selon la légende qui lui est attribuée.  Des légendes  induisent une signification traditionnelle (SALVS PVBLICA),  pour le bien de l'Etat et d'autres une signification plus individuelle protégeant l'empereur (SALVS AVG). C'est le cas dans cette sixième émission de Ticinum. Le revers de cette monnaie  invoque  la santé de la population et la place ainsi sous les auspices de la divinité afin qu'elle combatte les fléaux qui sévissent sur les différents territoires de l'empire romain (sûrement la peste qui se développe depuis 250 ap. J.-C. mais aussi les guerres menées par Probus). Il est à noter que la lettre d'officine (dans ce cas Γ), peut se trouver pour cette même émission soit dans le champ, soit à l'exergue comme ici ou encore associée au signe de la réforme de l'aurélianus XXI.

Primitivement invoquée dans les chants des prêtres Saliens (Salus Publica, associée à Pax et Concordia), Salus évoque ici une idée plus politique, procurant le bien-être d'un état en paix. Elle veille sur la quiétude des individus justement parce que l'état est heureux du bonheur de ses citoyens. Salus n'est en fait qu'un aspect de Fortuna limitée aux circonstances critiques de la vie telles que la guerre, la  famine et autres calamités naturelles ou induites par la politique impériale de reconquête territoriale. Le destin du peuple se trouve ainsi lié  au destin de l'empire et de l'empereur.


Détail de revers : Salus nourrissant un serpent

vendredi 5 novembre 2010

Un buste guerrier exeptionnel non codifié par P. Bastien de l'atelier de Sisica (277 ap. J.-C)





Description :

Siscia, début 277 ap. J.-C., 3ème émission, 1ère officine.

Avers : VIRTVS PROBI AVG, (La bravoure de Probus Auguste). Buste casqué, radié, cuirassé et drapé de Probus à droite vu à mi-corps, pointant sa lance en avant  du bras droit et tenant de la main gauche son bouclier, vu de l'intérieur.   (Buste Bastien : -- codifié D7 par S.Estiot)

Revers : ADVENTVS PROBI AVG // XXIA, (L'arrivée de Probus Auguste). L'empereur à cheval à gauche, levant la main droite et tenant un sceptre transversal. Devant le cheval,  un prisonnier assis avec un bonnet phrygien, mains liées dans le dos.

Poids : 3,72 g - Diamètre : 23 mm - Axe: 11h00 - Référence : RIC n° 634. (Monnaie provenant de la vente CNG, EA 243 lot n°426)


Commentaires :

Les graveurs de l'atelier de Siscia furent très créatifs et innovants. En effet, pour la première fois dans le monnayage de Probus, ils composent un buste guerrier sur lequel l'empereur est représenté à mi-corps, nous offrant de fait des détails iconographiques rarement présents sur les monnaies. Probus apparait ici radié, casqué, en habit militaire, vu de 3/4 avant, attitude laissant au graveur la possibilité de représenter le bras droit  de l'empereur dans sa totalité nous faisant découvrir aussi la face interne de son bouclier. Non seulement cuirassé, le buste est également drapé. S. Estiot et P. Gysen classeront ce buste encore absent de la codification des bustes de P. Bastien pour le monnayage radié sous le code D7 (identifié dans l'article de P.Gysen-S.Estiot "Probus Invictus Augustus" ). Cette monnaie frappée dans les deux premières officines de l'atelier n'est connue qu'à trois exemplaires pour la première officine (un exemplaire se trouve au British Museum à Londres, un autre dans la collection de P. Gysen et un troisième VEL Ancient Import XI/2008) et cinq exemplaires pour la seconde officine. On note qu'un seul coin de droit pour deux coins de revers. Cet exemplaire est frappé avec la même combinaison de coins que l'exemplaire du British Museum et celui de la collection P. Gysen.

Cette image impériale fut créé à l'occasion de la troisième émission pour fêter l'arrivée (Adventus) de l'empereur à Siscia en Avril 277 ap. J.-C.  Les nombreuses nouveautés dans l'iconographie monétaire de cette émission particulière laissent penser que la fête d'adventus de l'empereur fut magistrale, honorant comme il se doit le retour au pays d'un des plus valeureux de leurs sujets. Cette impression se voit  confirmée par une émission d'or conséquente à la même date.
Ce buste particulier en attitude guerrière, sorti de l'imagination des graveurs de l'atelier balkanique, sera repris au début de l'année 278 ap. J.-C par les artistes de l'atelier de Ticinum et ornera les médaillons frappés pour le donativum distribué dans la ville à l'occasion de la fête célébrant son adventus, sa victoire germanique et son deuxième consulat.


Buste guerrier de Probus D7

dimanche 31 octobre 2010

Continuité de l'emploi du type Adventus à l'atelier de Rome (278 - 279 ap. J.-C.)





Description :

Rome, fin 278- début 279 ap. J.C., 3ème émission, 7ème officine. 

Avers : IMP PROBVS AVG, (L'empereur Probus Auguste). Buste radié et cuirassé de Probus à droite. (Buste Bastien : B).

Revers : ADVENTVS AVG // R✶Z, (L'arrivée de l'auguste). Probus à cheval marchant à gauche, la main droite levée et tenant un sceptre transversal de la main gauche. A ses pieds,  un captif, mains liées,dans le dos, portant un bonnet phrygien.

Poids : 3,89g -  Diamètre : 23 mm - Axe : 6h00 -  Référence : RIC n°157 -  MPR n°341 - (26 exemplaires dans le trésor de La Vénéra)


Commentaires :


 Le mot  "adventus" présent dans l'épigraphie de certaines monnaies permet le plus souvent de retracer le parcours de l'empereur dans les différentes villes d'émission. Ces légendes accompagnent une iconographie montrant l'empereur arrivant à cheval dans la ville de façon glorieuse. Cette scène semble correspondre au début des festivités organisées lors de la visite de l'empereur, durant lesquelles des monnaies étaient frappées et distribuées à la foule lors de donativa.

Mais les émissions du type adventus durent quelquefois beaucoup plus longtemps que la durée réelle de présence de l'empereur dans la ville. C'est pourquoi cette monnaie d'adventus peut interpeller sur le vrai sens de la légende de revers. Car effectivement fin 278, début 279 ap. J.-C. Probus n'est plus à Rome. Arrivé entre Mai et Juillet 277 ap. J.-C. dans la ville, il en repart  rapidement pour affronter les Alamans en Gaule à la fin de l'année, après avoir ratifier  son titre au sénat. La durée de son passage à Rome est courte, juste le temps nécessaire pour régler les affaires qui nécessitent obligatoirement sa présence (ratification, restitution des privilèges au Sénat). On peut donc se demander pourquoi ces types perdurent si longtemps dans les émissions de Rome.  Ce type de monnaie pourrait être frappée simplement en mémoire de la visite de l'empereur dans la ville se différenciant des monnaies d'adventus effectives qui contiennent en plus le nom de l'empereur dans la légende de revers : ADVENTVS PROBI AVG.
 
Au moment de l'émission de cette monnaie, Probus libère vaillamment  la Gaule des Germains en été 278 ap. J.C. et  demande aux vaincus de lui fournir 16 000 hommes parmi les plus braves et les plus jeunes, pour servir dans l'armée romaine. Il les affectera dans différentes garnisons pour éviter toutes rébellions futures (cf. article historique.). On peut donc à nouveau s'interroger sur l'emploi  à ce moment précis de ce type monétaire à l'atelier de Rome. Par extension de l'imagerie populaire, ce type peut  simplement  symboliser la liberté retrouvée d'un territoire grâce à l'action militaire menées par l'empereur, le captif au sol représentant le peuple vaincu. Ce type montrant l'empereur triomphant, arrivant sur le territoire libéré  par ces troupes pourrait être employé comme métaphore de la victoire et de la domination romaine rétablie.

Cette troisième émission de Rome s'identifiant par une étoile entre un R signifiant Rome et la lettre d'identification des sept officines différentes est notée à l'exergue R✶A,  R✶B,  R✶F,  R✶Δ, R✶E, R✶ζ et R✶Z. Notons que la marque de la réforme de l'antoninien XXI pour l'atelier romain a disparu depuis la première émission de Rome.


Détail du revers

dimanche 24 octobre 2010

La bravoure de l'auguste célébrée devant un trophée anthropomorphe (277 ap. J.-C.)






Description :

Rome, 277 ap. J.-C., 2ème émission, 1ère officine.


Avers : IMP C M AVR PROBVS AVG, (L'empereur César Marc Aurèle Probus Auguste). Buste  radié et cuirassé de Probus à droite vu de 3/4 en avant avec pan du paludamentum sur l'épaule gauche. (Buste Bastien : A)

Revers : VIRTVS AVGVSTI // R, (La bravoure de l'Auguste). L'empereur debout à gauche, posant la main droite sur un trophée et tenant de la main gauche un sceptre transversal. A gauche du trophée, un prisonnier assis avec un bonnet phrygien, mains liées, tournant la tête vers l'empereur.


Poids : 4,15 g - Diamètre : 22mm - Axe: 6h00 - Référence : RIC n° 243var . MPR n° 77


Commentaires :
 
Commençant au Printemps 277 ap. J.-C qui coïncide avec l'arrivée de Probus dans la capitale, la deuxième émission de l'atelier se terminera à la fin de cette même année. Tout juste victorieux des Goths, ayant reconquis soixante villes en Gaule et massacré 400 000 barbares, Probus et son armée repoussent le reste des envahisseurs au delà du Jura Souabe et du Neckar. Selon l'Histoire Auguste, l'empereur militaire est maintenant prêt à s'attaquer de la même manière aux invasions Germaniques (des Alamans et des Juthunges) sur le limes Rhénan. Contemporaine de la campagne germanique du Rhin et du Danube, que Probus mènera donc juste après son passage dans la ville, cette émission finit avant la conclusion victorieuse de la campagne. La victoire ne sera célébrée que plus tard sur les types de la troisième émission (type VICTORIA GERM). En 277 ap. J.-C., Probus passe par Rome dans le but d'obtenir la ratification du Sénat  pour son titre d'empereur mais aussi  tente de rassurer la population romaine sur sa politique ambitieuse. 

On retrouve sept exemplaires dans le trésor de La Vénéra identique à cet aurélianus de la deuxième émission de Rome. Cette deuxième émission, riche de dix bustes et de six nouveaux types de revers est le résultat d'un nouveau programme iconographique mis en place par l'administration monétaire exaltant la bravoure militaire de Probus et célébrant ainsi son premier consulat. De par son buste de droit, comportant un pan du paludamentum sur l'épaule gauche (Buste A),  elle n'est pas répertoriée dans le RIC. 

La scène de revers nous montre un empereur victorieux, dominant les peuples barbares qu'il vient de battre en Gaule, plantant ou posant un casque sur un trophée militaire, symbole de la victoire et de la reddition de l'ennemi. Ce trophée était érigé à l'endroit même où avait été remportée une victoire, sur l'emplacement où avait eu lieu le combat. Formé d’un tronc d’arbre, sur lequel on suspendait quelques armes appartenant aux vaincus (que l’on brisait souvent) est certainement d’origine  hellénique.  Cette représentation nous montre, aux pieds de ce trophée anthropomorphe un captif assis, les mains liées, renforçant le caractère suprême de la victoire romaine sur un autre peuple ainsi soumis.

La deuxième émission  de Rome compte deux phases distinctes :
La première phase de l'émission est notée R (pour Roma, la cité émettrice) à l'exergue des monnaies. Cet aurélianus est issu de cette phase (phase 1a du MRP). On voit ainsi disparaître la marque d'exergue XXI, présente pour la première émission, notifiant la réforme monétaire d'Aurélien.
La deuxième phase de cette deuxième émission, compte sept  officines, toujours notées R, mais cette fois  accolée avec des lettres latines et grecques : R et RA, RB, RF, RΔ, Rε, Rζ, RZ.


Détail du revers

samedi 16 octobre 2010

De l'antoninien de Caracalla vers l'aurélianus de Probus : métrologie générale.



Antoninien de Caracalla, 215 ap. J.-C. (RIC n°273d)


L'aurélianus instauré par la réforme monétaire d'Aurélien en 274 ap. J.-C. est le fruit d'une lente inflation de la monnaie romaine qui s'est accélérée entre 250 et 270 ap. J.-C, résultat de la dégradation de l'ancien l'antoninien.  Dès lors, ce module restera stable jusqu'au règne de  Dioclétien. En effet, l'antoninien fut crée en 215 ap. J.-C. par Caracalla et avait une valeur fiduciaire de deux deniers. Ce nouveau module présentant une effigie radiée au droit est en billon (de même nature que le denier de l'époque), c'est à dire que sa composition  contient 50% d'argent et 50 % de cuivre. La baisse du titre d'argent s'était déjà amorcée depuis Pertinax en 193 ap. J.-C. et ne fait que chuter jusqu'à l'intervention d'Aurélien. Cet effondrement du titre de l'argent dans les monnaies romaines pourrait être une conséquence directe de l'augmentation de la masse monétaire produite pour pallier l'inflation combinée avec l'épuisement de l'exploitation des mines d'argent d'Espagne. L'antoninien est taillé au 1/64ème de la livre romaine, ce qui lui confère un poids d'environ 5,07g. Le système monétaire ayant changé, les équivalences entres les modules se voient de fait modifiées : 1 Aureus = 25 Antoniniens = 50 Deniers = 200 Sesterces = 400 Dupondius = 800 As.

Mais l'inflation s'installe dans l'empire et va dénaturer lentement ce module tout au long du IIIème siècle. Les empereurs successifs essaieront en vain de maintenir la stabilité du système monétaire romain. L'état est en faillite et l'économie est au point mort. La crise économique s'accompagne d'une grave crise politique avec la sécession de l'empire gaulois. La frappe des monnaies de bronze (sesterce, dupondius et as) décline lentement pour quasiment disparaitre sous le règne de Gallien.  L'antoninien ne pèse alors plus que 2,90 g et ne contient que 2% d'argent fin. La frappe et les émissions sont moins soignées et reflètent la lente dégradation économique qui gangrène l'empire depuis quelques temps. Même les émissions d'or se dégradent entre 250 et 270 ap. J.-C. pour revenir à une plus grande qualité au moment de la réforme (l'aureus étant taillé au 1/50ème de livre). De même, la qualité du métal utilisé pour frapper les antoniniens est tellement basse qu'on les recouvre d'une fine pellicule d'argent afin de masquer les piètres caractéristiques du métal.

Aurélien va restaurer l'antoninien au début de l'année 274 ap. J.-C. Il réforme ce module en lui donnant une frappe plus soignée, plus ferme et une stabilité dans sa composition métallique. Cet Aurélianus, qui tire son nom de celui de l'empereur réformateur, a des critères de qualité destinés à maintenir la stabilité de sa valeur fiduciaire.  L'aurélianus est alors taillé au 1/84ème de la livre romaine selon P. Bastien (1/80ème de livre selon l'étude de S. Estiot) et pèse environ 3,84g (4,05g pour S. Estiot). Les ouvriers produisaient 84 auréliani  dans 327,45g de billon correspondant à une livre romaine. Sa composition a maintenant un taux de 5% d'argent fin (4,5% pour S. Estiot). La monnaie est saucée, c'est à dire que les flans de cuivre étaient trempés à chaud dans un bain d'argent qui laissait  en surface une fine pellicule argentée.  Sa valeur fiduciaire équivaut  dès lors à 4 deniers (soit 20 sesterces) et devient la nouvelle unité monétaire, l'aureus et le denier n'étant plus frappés et usités que pour les Donativa, pour le trésor impérial ou destinés à récompenser les valeureux officiers de l'armée romaine.  L'aurélianus porte au revers la marque de la réforme monétaire d' Aurélien attestant le fait qu'ils ont été frappés après ce changement (XXI, XX.I, XX ou KA, marque qui  noterait le nombre de sesterces équivalent à la nouvelle unité). D'autres interprétations de cette marque expliquent qu'elle indique le ratio d'argent (5%, soit 1/20ème de son poids total)  contenu dans la nouvelle monnaie. Cette nouvelle monnaie de billon argenté constitue l'unité de base du nouveau système monétaire, comme ont pu l'être le denier et l'antoninien auparavant, dont la marque lui attribue un cours surévalué.  L'aurelianus ne subira plus de modification notable ni de poids, ni de titre de fin et restera donc stable tout au long du règne de Probus et ce jusqu'à la réforme de Dioclétien. Les équivalences  monétaires du nouveau système sont stables et fait de l'aurélianus l'unité la plus usitée du système :  1 Aurélianus = 4 Deniers = 20 Sesterces. Il est possible que cette réforme monétaire fut entreprise en vue d'une réorganisation plus vaste de l'ensemble des structures fiscales et financières de l'état.


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Mais si on étudie le poids des auréliani de Probus sur une même émission, on s'aperçoit qu'il existe quand même des différences de poids importantes entre les nombreuses monnaies étudiées. Même en admettant un taux d'usure de plus ou moins 2% du poids théorique du module, on arrive à des écarts pondéraux importants entre le poids réel de certaines monnaies et le poids théorique qui devrait être stable par définition. Certains aureliani lourds peuvent ainsi dépasser 6 g et d'autres de poids léger atteignent difficilement 3 g. La fourchette moyenne de poids observés dans la composition d'un trésor se situe  généralement entre 3,70 g à 3,88 g tous ateliers de frappe confondus. Ceci est le résultat du à ce que les contraintes du respect du poids ne s'appliquaient pas sur l'unité monétaire au sens strict mais sur le poids total des monnaies que l'on tirait dans une livre de métal. Les ouvriers devaient ainsi simplement frapper 84 auréliani (ou 80 selon S. Estiot) dans une livre sans pour autant avoir une égalité exacte de poids entre les différentes monnaies frappées dans le lot. C'est pour cette raison que les écarts de poids rencontrés entre les monnaies sont notables sur une même émission et pour un même type. Toutefois, on note une légère baisse du poids entre le début  et le milieu du règne de Probus  pour remonter en fin de règne.

Monnaies de Probus argentées.

Le diamètre de l'aurélianus quant à lui paraît à peu près stable durant le règne de Probus (20 millimètres en moyenne), conséquence d'une standardisation de la production des flans. L'exception se fait pour l'atelier de Rome pour lequel on note  une réduction d'un millimètre en moyenne du diamètre des auréliani à partir de 280 ap. J.-C. (soit 19 mm selon l'étude du trésor de La Vénéra de J. Guillemain), sans doute le résultat d'une évolution dans la méthode de préparation des flans ou dans la technique de frappe. Mais cette réduction de diamètre n'engendre pas de réduction pondérale du module : la conséquence en sera une réduction de la taille de l'effigie et un raccourcissement de la longueur des légendes et de l'épigraphie de revers des monnaies par manque de place.

Afin de pallier la dégradation économique et l'inflation galopante des prix, l'augmentation de la masse monétaire, semblant être une conséquence directe des invasions barbares, n'influera pas  sur la qualité de la production de l'aurélianus durant toute la durée du règne de Probus. 


Aurélianus de Probus 279 ap. J.-C.RIC n°616